Nadia NADÈGE, l’artiste aux 1000 portraits !

80c44-nn2bdetoure25cc2581eNadia Nadège, l’artiste aux multiples portraits !

Une entrevue de MagArtMaker

Nadia Nadège est une artiste franco-canadienne aux multiples talents ! Elle nous propose un large répertoire disciplinaire entre l’art brut et l’art savant. Au coeur de son travail, une démarche artistique sur la résilience, l’identité, le portrait et le personnage. Nous l’avons interviewé pour le MagArtMaker

5b3b2-nadege_nadia_2_fqp375Votre formation

Après des études en arts plastiques et en sculpture dans des écoles privées, j’ai obtenu ma Maîtrise es Arts à Montréal suivie d’un diplôme de second cycle en Création de livre d’artistes à Québec.

Votre style

Je mêle volontairement mon registre créatif  dans un répertoire large de matières et de champs disciplinaires (dessin, peinture, textile, photographie, écriture et installation) entre l’art brut et l’art savant. Ce qui me caractérise est la texture et le côté primitivisme du medium, l’expressivité suggestive et le mouvement corporel du sujet,   La puissance et la présence de l’œuvre.

Quel artiste vous fascine ?

Louise Bourgeois pour son travail sur les traumas, Nikki de Saint-Phalle, Annette Messager pour leur travaux sur le corps, Francis Bacon et Lucien Freud pour leurs portraits.

Une époque, un mouvement artistique qui vous inspire ?

J’explore actuellement le mouvement du livre d’artiste qui prend sa source dans le surréalisme mais donne lieu au redéploiement de l’art de la gravure, associé étroitement à l’art-objet: la construction d’une oeuvre sculpturale à partir du récit et de l’estampe. Un retour au langage en lien avec la main : dessiner, écrire, manipuler, lire…

Un péché mignon ?

La confiture de mirabelles, en particulier celle de ma belle-soeur Laurence. Sur des crêpes à la bière, recette de ma grande-mère Rose.

Votre citation, expression favorite ?

« Un tableau ne vit que par celui qui le regarde », Picasso.

Pouvez-vous nous parler de votre travail ?

Être artiste, c’est offrir des rencontres. L’expérience subjective profonde au travers de quelque chose de visible qu’est une oeuvre. Une expérience intérieure qui opère une rupture spatiale, temporelle, sociale tandis que le regardeur rencontre l’oeuvre, donc l’artiste. Être artiste, c’est créer un lien, voire recréer des liens là où ils ont manqué (se réapparenter comme le fit par exemple Nikki de Saint-Phalle ou éclairer ses traumas à la manière de Louise Bourgeois) . Lorsque je dessine, peins, sculpte ou grave, mon geste en est un ; de reconnexion avec moi-même en même temps que d’expression de ma reconnexion avec le monde. Cette façon de raconter le lien est universelle, et c’est pour cela que celui qui rencontre mon oeuvre se relie à lui-même, et donne sens à ses liens dans son propre monde. Se relier c’est se réconcilier avec la vie, c’est développer sa « vivance » (cette capacité d’être vital). Pour moi l’oeuvre œuvre au coeur de l’humain…

Quelle est l’oeuvre-phare de votre création actuelle ?

« Géologie des corps mémoriels » est le livre d’artiste qui éclaire de façon la plus complète mon cheminement de ces dernières années entre dessin, peinture, sculpture, photographie, estampe et récit de vie. C’est un livre-objet sous forme d’un cube dépaille dans lequel se tient un personnage matriciel (matriochka). Le personnage est constitué d’une tête sculptée et de 8 pages coniques empilées. C’est un livre-objet qui, pour être lu, doit être ouvert, manipulé, et non seulement être ouvert et déplacé mais aussi situé sur une carte pour donner sens aux pages.

Avez-vous des projets d’avenir ?

Travailler avec une documentariste pour un film basé sur le récit de vie et le processus de création, l’art comme outil de résilience et l’apport de l’oeuvre d’art comme témoignage de son temps. Et ça m’amènera à retourner créer dans des villes où j’ai vécu : Vientiane au Laos, Cayenne en Guyane, Los Angeles et New-York aux USA. Et bien sur, Paris, ma ville de naissance, où j’aimerais décrocher une résidence de recherche et création.

Où est-il possible de voir votre travail ?

Mon nouveau studio est ouvert à Montréal depuis septembre 2014. Plusieurs événements sont planifiés en 2017. Trois expositions solo en 2017 au Québec, trois expositions collectives dont la Biennale de dessin du Québec en 2017 toujours. Je suis toujours très active et pour suivre mon calendrier, c’est une bonne idée de consulter ma page Facebook. Quelques galeries parisiennes et américaines m’ont contactée… c’est à l’étude actuellement. Mon lien vers mes actualités : nadia-nadege.com et on peut s’y abonner.

News 2017

Comment êtes vous devenue artiste ?

L’art fut longtemps ma seule voie d’expression. Dans un contexte familial dysfonctionnel, il m’était interdit de parler. J’écrivais et je dessinais tout le temps puis j’ai pratiqué beaucoup la photographie. Je me suis formée aux beaux-arts en école supérieure privée, puis en sculpture en atelier à Paris. J’ai approfondi la peinture et surtout la couleur au Québec. C’est en 2005 que j’ai fait le saut pour prendre le pari de vivre de mon art à temps plein en ouvrant mon studio professionnel.

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Quel est votre rêve le plus fou ?

Ouvrir un centre d’art dans un immeuble industriel qui offrirait un grand espace d’exposition, un studio d’enregistrement radio TV, des petits studios pour accueillir des artistes en résidence et une école pour artistes-entrepreneurs afin de diffuser un programme pour faire éclater le mythe de l’artiste pauvre et maudit ! Oui, je crois qu’on peut aujourd’hui vivre de son art.

Quel est votre super pouvoir ?

Définitivement la résilience. Je me libère du passé et je regarde résolument vers l’avenir, quelles que soient les circonstances. Je ressens cet élan de vitalité profond et nourricier, je vis toujours plusieurs vies à la fois, j’expérimente sans cesse des choses nouvelles, je prends des risques et j’ai le sens de l’aventure. Je rebondis rapidement et je suis une optimiste incorrigible. J’aime la vie et c’est pourquoi mes oeuvres sont authentiques, intenses et vivantes.

Plutôt gribouillis ou précision ? Crayon ou pinceau ?

Plutôt gribouillis, gestes spontanés, accidents provoqués pour mieux sortir du cadre et faire émerger de l’inattendu. J’adore pratiquer le dessin à l’aveugle, enseigner comment voir les espaces négatifs et utiliser sa plume de nez. La meilleure façon de m’échauffer, c’est ce qu’on appelle au Québec un barbeau : gribouiller jusqu’à en sortir une forme éventuelle. Plutôt crayon – y compris le crayon électronique sur ma tablette… j’utilise aussi le pinceau comme un crayon, à grands traits larges sur la toile. Mon art se pose comme une exploration du vécu traduite au travers de mes mains.