Voulez-vous vraiment collaborer avec une galerie ?


De nombreux artistes pensent qu’ils veulent travailler avec une galerie d’art. La plupart se ruent sur la première galerie qui leur fait une offre… ou font du forcing pour entrer absolument. Cela ne fonctionne pas mieux que la plupart des mariages forcés. Avoir une galerie doit rester un choix mûrement réfléchi. 

Avoir ou ne pas avoir de galerie d’art qui vous représente ? Un des critères les plus importants est la quantité de travail qu’une galerie veut faire pour vous – et si vous entrez en relation avec une galerie, ce qu’ils font pour vous devrait être discuté point par point.

La plupart des galeries prennent une commission de 50% sur la vente.  Cette commission en vaut-elle la peine ?

Une galerie peut prendre en charge beaucoup de dossiers et tâches pour vous: opportunité d’exposition, édition de catalogue, suivi des ventes, publicité et promotion, stockage de vos oeuvres, développement des relations avec des collectionneurs, vous trouver d’autre représentation en particulier à l’étranger, amener votre travail à des foires et salons d’art, payer pour l’expédition à des collectionneurs et des expositions, rechercher des commandes, vous aider en stratégie de carrière et bien sûr vendre votre art. C’est beaucoup.

Si vous n’avez pas de galerie, toutes ces tâches vous incombent. En fin de compte, votre carrière est votre responsabilité – même si vous avez une relation avec une galerie d’art. Il est important de s’en remettre à la galerie sur ce qu’il faut montrer, comment faire le montage, l’éclairage, choisir date ou durée d’exposition…  Ce sont des professionnels et ils peuvent vous conseiller sur votre porte-folio ou même votre démarche artistique.

Vous avez besoin de sentir que vous formez une équipe ayant un intérêt commun – votre art – et faire confiance. Mais si vous êtes malheureux de la façon dont la galerie répond à vos attentes, il est temps de passer à autre chose. Il doit y avoir une attitude de respect mutuel. Et être en galerie n’est pas un gage de ventes tout comme ce n’est pas une obligation pour réussir à vous faire reconnaître par vos pairs.
Vous êtes un artiste qui veut voir votre art inclus dans les expositions de musée ? Alors il est probablement impératif que vous travailliez avec une galerie, et de préférence une galerie qui expose à des foires contemporaines. L’idée est simple. La plupart des conservateurs de musées ont de la chance s’ils peuvent visiter 2 studios par mois, mais ils vont tous à des salons.

Mais ce ne sont pas tous les artistes qui veulent arriver au musée. Certains sont heureux de gagner leur vie avec leur art et cherchent leurs propres collectionneurs, des opportunités d’exposition et de vente individuels dans une démarche commerciale. D’autres sont ravis de travailler avec des consultants en art qui pensent pouvoir trouver une meilleure offre que d’acheter directement à partir d’un artiste. Certains ont des relations à long terme avec des entreprises – comme une chaîne d’hôtel qui achète leur art en vrac.

Il n’y a pas de réponse parfaite. Une relation avec une galerie n’est pas une corne d’abondance. L’artiste devient partie intégrante d’une équipe, avec de nouvelles responsabilités, dont l’une est d’agir honorablement et ne pas vendre leurs oeuvres de leur studio à l’insu de la galerie.

Bien sûr, le RAAV parle de contrats et d’accords de consignation. La plupart des galeries n’ont pas de contrats avec les artistes, mais presque tous ont des ententes de consignation claires qui montrent où les oeuvres se trouvent et qui garantissent l’assurance de leurs locaux.

Une relation avec une galerie est un mariage. Il va y avoir des hauts et des bas, et c’est un engagement qui doit être honoré et travaillé. Au cours de la dernière décennie, le rôle des galeries d’art a changé, principalement à cause de l’Internet. Les artistes et les collectionneurs peuvent plus facilement communiquer entre eux. D’autres modèles apparaissent de ce que peut être une galerie. Des galeries appartements ont surgi par exemple. Des espaces alternatifs associés à de l’artisanat. Des galeries virtuelles uniquement. 

Demandez-vous à qui vous voulez vendre et diffuser votre art. Visitez de nombreuses galeries pour identifier celles qui semblent faire des choix proches du style de vos oeuvres. Et commencez donc à contacter quelques artistes qui en sont membres pour avoir une idée de comment cela se passe.
Puis observez leurs participations à des foires et salons. Où vont-ils ? à quelle fréquence ? font-ils de la publicité pour leurs artistes ? dans quels médias ? Toute une somme d’indices précieux avant même d’y penser. Enfin, soyez présents à plusieurs de leurs vernissages. Qui y assiste ? seulement des voisins, passants et pique-assiettes ? des collectionneurs et d’autres galeristes ? des journalistes et des critiques d’art ? des gens d’affaires et de riches nantis ? des vedettes et avant-gardistes ? la scène alternative branchée ? l’élite muséale et culturelle ? 
Un point important pour finir. Aimez-vous leur programmation ? les oeuvres et les courants qu’ils présentent et représentent ? y a-t-il assez de diversité et de nouveautés ? Recherchez les points rouges et bleus de fin de vernissage. Évaluez leur capacité à vendre, à promouvoir et à diffuser leurs artistes.
Avoir une galerie est un choix, un choix qui doit être réfléchi mûrement.