La marche et l’errance : le mythe du juif errant

De toutes les légendes populaires, celle du Juif Errant est une des plus universellement répandues. La mystérieuse figure du Marcheur Éternel a toujours séduit les imaginaires : les romanciers, les poètes, les érudits ou les peintres ont étudié, commenté et reproduit sous différentes formes ses traits immuables. C’est Grégoire de Tours qui, le premier nous fait connaître la légende. Mais c’est à Mathieu Pâris, bénédictin anglais qui vivait au temps de Henri III, qu’on doit le premier récit détaillé : Cartophilus,  portier du prétoire de Ponce Pilate, frappa Jésus Christ d’un coup de poing au moment où celui-ci franchissait le seuil de la porte et lui dit : “Marche ! Jésus, vas donc plus vite. Pourquoi t’arrêtes-tu ?” Jésus se retournant lui répondit : “Je vais. Mais toi, tu attendras ma seconde venue : tu marcheras sans cesse”. Et Cartophilus se mit en route pour ne plus jamais s’arrêter.
Plus près de nous, le Juif Errant a séduit bien des romanciers. Goethe, Béranger, et surtout Eugène Sue qui présente en 1845 sa version : précédé par le choléra, le juif légendaire passe son chemin contaminant ses pas du mal dont il porte le fardeau. Il va, chargé de maléfice et de mort. Eugène Sue montre l’Éternel Maudit, sur les hauteurs de Montmartre, conjurer Dieu de le délivrer du fléau invisible qu’il sème sur ses traces. La peste, dont l’épidémie de choléra de 1834, a fait revivre la hantise du pestiféré.
Cette légende semble avoir eu un écho notable à la fin du XIXème siècle. Champfleury rapporte en 1869 : “Entre toutes les légendes qui se sont ancrées dans l’esprit du peuple, celle du Juif Errant est certainement la plus tenace, surtout dans la culture des classes moyennes et d’une certaine élite. »