Les relations arts et affaires, par Agenda 21


On a beau critiquer et dire que les jeunes sont moins engagés politiquement, que les francophones donnent moins que les anglophones ou que les jeunes ne fréquentent pas assez les institutions culturelles, c’est précisément ce qui a amené une nouvelle façon très positive de voir la philanthropie. Elle passe d’abord par l’expérience. L’expérience in situ et in sensu. C’est ainsi qu’une nouvelle tendance philanthropique a vu le jour auprès des jeunes professionnels. À leur image.
Comprendre pour s’engager
Étonnamment, les opportunités de parfaire leur éducation artistique ne rejoignent pas assez les jeunes gens d’affaires. Malgré les conférences et autres visites commentées organisées par plusieurs organismes culturels, trop peu de jeunes gens d’affaires se sentent interpellés. De plus, nombre de jeunes professionnels ont vu leur culture artistique arrêter de s’enrichir avec la fin des cours de littérature au cégep. Et les arts visuels? Et la danse? Chanceux sont les 20-40 ans qui ont suivi des cours dans ces disciplines… La curiosité est présente chez les jeunes gens d’affaires, et l’avidité d’apprendre se révèle de plus en plus. 
Renouvellement de public en marche
Des programmes comme ArtsScene, Arrimages ou Seminarts proposent de visiter la face cachée des arts : le processus créatif, les créateurs, les structures et les individus « cachés » derrière une œuvre. Ils ouvrent le champ de la connaissance artistique à tout professionnel dont le parcours d’étude ou de vie n’a pas eu la chance d’être ponctué d’un cours en histoire de l’art ou d’initiation à la musique. Et chaque fois, il se passe quelque chose de magique : ces jeunes professionnels, habitués des cabinets d’avocats ou des entreprises d’affaires, prennent un plaisir immense à découvrir l’art. Ils en redemandent.
Anglophones vs francophones
Il est d’ailleurs temps de changer de lunette d’approche lorsque l’on regarde le portrait de la philanthropie. Toutes les statistiques le disent : les anglophones donnent traditionnellement davantage que les francophones. Mais ce tableau change progressivement de ton. Les jeunes gens d’affaires, francophones comme anglophones, répondent présents et comprennent leur rôle dans l’écosystème culturel. D’abord spectateurs, puis conseillers et administrateurs d’organismes et enfin mécènes, nombreux sont ceux qui rejoignent les rangs des amoureux des arts. Chacun sait qu’il peut faire une différence, à sa mesure, et que celle-ci peut être de plus en plus grande avec le temps.
C’est ainsi que des comités de jeunes soutiennent plusieurs de nos institutions culturelles par des activités bénéfices destinées spécifiquement aux jeunes professionnels. Pensons par exemple aux Printemps du MAC ou aux bals masqués de l’Opéra de Montréal et du Musée des beaux-arts de Montréal. C’est aussi de cette façon que plus de 300 personnes se sont impliquées auprès d’un organisme culturel, grâce au jumelage de bénévoles. 
La clef du succès
Mais le plus important dans tout ça, c’est que le mot circule : la philanthropie, c’est l’affaire de tous. C’est ainsi que, tous ensemble, nous avons le pouvoir de générer une génération de jeunes philanthropes. ArtsScène Montréal s’y emploie, en se proposant comme porte d’entrée vers différentes formes d’art, dans un cadre de réseautage décontracté et adapté à ses membres, les jeunes gens d’affaires. Son rallye des galeries et ses visites en coulisses en sont deux exemples. Arrimages propose une autre variante en constituant un groupe qui part à la découverte d’un programme varié de formes artistiques sur une durée de six mois. Sans compter Séminarts qui forme les nouveaux collectionneurs et qui offre des formules d’activités artistiques adaptées au contexte d’entreprise.
La clef du succès réside toutefois dans un élément et un seul : la capacité à entrer en relation. L’art est un vecteur de relations : la relation entre le créateur et son œuvre, entre l’œuvre et le public, entre les personnes de ce même public, entre les donateurs et les organismes artistiques, entre ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas… C’est par un contact direct avec l’art que davantage de jeunes (et moins jeunes) professionnels auront envie de prendre part activement au développement du milieu culturel.
Article pubilé par www.agenda21c.gouv.qc.ca/ le 15 février 2012 – Auteure : Nathalie Chapdelaine, Conseil des arts de Montréal