Bâtir une nouvelle littérature visuelle…

Dessiner sur les pages déchirées d’un vieux livre qui trainait là, solitaire. Recouvrir les traces par mes propres graphies, les faire disparaître – mais pas tout à fait, pour brouiller les pistes et remettre en question ce que l’on croit savoir et qui n’est qu’illusion, perception, croyance.
J’adore les livres qui furent mes seuls amis durant de longues années. J’adore écrire, tout le temps, n’importe où, sur des carnets, des cahiers, des nappes de papier. 
Je dessine sans cesse, furtivement, rapidement, quelques coups de crayon pour saisir les gens qui passent. Je m’assieds aux terrasses des cafés, dans les aérogares et les aéroports, et je regarde. Je remplis des carnets (ou des vieux livres…)
Je regarde tellement. Je dévisage parfois, tant je suis une observatrice intense des humains qui passent, marchent, courent, s’arrêtent, parlent entre eux… et je fais des croquis rapides, des dessins, des portraits. Moi l’inconnue, l’immigrante, la sauvage solitaire… je me sens alors faire partie de la grande foule humaine qui piétine cette Terre.
Dessiner sur les pages d’un vieux livre récupéré, c’est lui donner une seconde vie, une autre chance de croiser des lecteurs (ou des regardeurs), de se faire feuilleter de l’oeil à défaut du doigt. 
Écrire sur les signes, tracer des calligraphies mystérieuses par dessus des affirmations positives ou des parcours touristiques, tracer ainsi de nouveaux territoires par ma communication, mon geste, mon trait, mon pinceau, mon empreinte.
Récrire sans cesse mon histoire au fur et à mesure des réminiscences et des rencontres, récrire mon histoire bout par bout entre lecture et création, recouvrir les traces des vieux textes et bâtir une nouvelle littérature visuelle… à défaut de connaître ma véritable histoire.
Ces dessins sont tous croqués d’après nature vivante. C’est la vie même qui palpite dans ces postures et ces regards. La vie restituée au travers de mon exploration de résiliente dans une démarche artistique axée sur le thème identitaire.
Nadia Nadège – Juin 2011