Parcours commenté de l’exposition PORTRAITS DE CEUX QU’ON N’A JAMAIS CONNUS

Comment se reconnaît-on entre nous ? C’est la figure humaine qui est notre premier signe distinctif. Comment est-ce qu’on construit notre identité ? Par la façon dont on se définit, la manière dont on se présente mais aussi par la place que nous occupons dans le monde, cette place dépendant de la perception que les autres nous renvoient. Mon identité balance entre ce que je vois de moi et ce que les autres disent voir de moi…
Sens de la visite à partir de la porte d’entrée puis de gauche à droite.

En face : un groupe de 10 œuvres serrées les unes contre les autres à observer d’abord de loin. Quelle est l’expérience de rencontrer ce groupe de personnages semblant figés dans le temps, comme immobiles en train de se retourner pour nous regarder arriver ? Chaque silhouette reste assez indéfinie pour permettre de se mettre en relation avec ce qu’elle évoque dans notre propre histoire. Prenez le temps de ressentir l’expérience pour devenir présent à votre propre vécu face à l’inconnu ou à la différence… (Interprétation un peu plus tard)
À gauche : une toile carrée sur fond bleu-noir montre un visage sortant de l’ombre, traversé, à l’endroit de la bouche, d’une sorte de zip. J’évoque ici le sentiment d’être assigné au silence mais de continuer à vouloir prendre contact et communiquer. Le crâne renferme les secrets mais aussi les rêves et le vêtement rouge symbolise la pulsion puissante de la vie.

Deux œuvres sur fond blanc montrent des têtes penchées dont émanent des graphies. Ces deux méditatifs sont des penseurs, des philosophes (les moines de mon enfance au Laos?) et des écritures s’échappent de leurs crânes, savoirs de la sagesse ancienne. Il est impossible de les déchiffrer car nous sommes maîtres de nos pensées et seuls à les connaître. Ces œuvres invitent à s’intérioriser pour ressentir paix, sérénité, calme et harmonie.

Une grande toile abstraite et texturée d’où émerge un personnage : le matador. Le fond abstrait dynamique évoque la poussière de l’arène, la lumière du soleil, le ciel d’azur, la vibration de la chaleur. Cette personne se tient fière et droite, prête pour toutes les victoires, forte et tranquille, dans l’attente de ce qui s’en vient.

Deux toiles sur fond blanc montrent deux couples. Le premier couple est angélique dans une rencontre du féminin et du masculin, de la guidance et du soutien, de la confidence et de la confiance – rondeurs et douceurs. Le second couple est pédagogique dans une relation entre maître et disciple, élève et enseignant, parole et écoute, donner et recevoir – géométrique et graphique. La calligraphie chinoise signifie paix, amour et bonheur.

La dernière toile sur ce mur laisse apparaître une triade : voici des personnages qui arrivent, voyageurs ou nomades, dont l’un sort de l’ombre timidement l’air interrogateur. Ils vous regardent et vous interrogent, se tournent et viennent vers vous dans l’espérance de se relier, de franchir les seuils et de voir les portes s’ouvrir.

La Fresque peut être visitée maintenant toile après toile… Dans l’ordre, le titre de l’œuvre évoque son thème principal. 1-Faire connaissance. 2-Voir venir. 3-Investiguer (questionner, chercher, comprendre). 4-Interpeler. 5-Rester dans l’ombre. 6-Faire face. 7-Murmurer. 8-Lever les yeux (voir plus haut mais aussi comme l’expression populaire : « Dieu bénit ! »). 9-Charmer le serpent (dans le sens de se connecter à son énergie vitale mais aussi de guérir intérieurement). 10-Transformer l’être.

Les 19 personnages se tiennent debout dans une suite d’espaces d’ombre et de lumière évoquant portes, seuils et entrées. Leurs postures et silhouettes amorcent toutes une torsion de la nuque ou des épaules comme s’ils se retournaient pour vous observer. Leurs regards indéfinis sont néanmoins orientés avec puissance, leurs expressions figées accentuent l’effet d’arrêt du temps. Quelque chose se passe ici et maintenant, dans cette foule tournée intensément vers vous, vous faisant devenir le centre de leur univers.

Portrait mobile au centre : Dieu romain aux deux visages, gardien des portes et de la paix, présidant aux commencements et aux passages : JANUS. Tel un gardien, il tourne doucement entre ombre et lumière – montrant son visage rond, ombré, couleur terre puis son visage anguleux de déchirures, blanchi, couleur lune. On peut invoquer Janus pour émettre un vœu qui se réalisera lors de «l’heureuse naissance de la nouvelle lune».

À droite : deux grands dessins dont il faut s’approcher pour voir les multiples nuances des pastels, des mines de fusain et graphite, des encres… sur du papier industriel. J’y exprime l’accueil et la douceur, l’amour et la générosité des guides spirituels qui m’accompagnent.

Colonne : un bas-relief d’argile peinte sur carton toilé laisse émerger un visage incomplet. Mystère des renaissances multiples à soi-même que tout humain traverse dans sa vie.

Quatre dessins font les portraits d’êtres mutants et nomades, en transformation, changement identitaire, apprentissage d’une autre culture… littéralement en train de changer de peau. Observez le travail de collage de fibres textiles et végétales, la rencontre de l’écriture et du trait, et le travail de la lumière sur les papiers bruts industriels.

Deux portraits de profil se regardent dans une sorte de communion intime et profonde. Dire le silence après une lente maturation…

Cinq petits dessins bien particuliers. Je les ai réalisés pour illustrer mon essai sur la construction identitaire de l’apprentissage : Pandore au Pays des Merveilles, écrit pour terminer ma Maîtrise en éducation (Uqam, 2010). Alice tombe dans le terrier. Pandore ouvre la boîte dont les mots (maux) de la connaissance s’échappent. La Reine de Cœur crie . « Qu’on leur coupe la tête ! ». Le lapin nous montre le temps qui passe. Et Alice, qui grandit et rapetisse sans cesse, apprend à survivre aux changements identitaires.

Toile sur chevalet : techniques mixtes utilisant le jeu de l’effet aquatique de la résine, c’est un guerrier pacifique qui sort de la nuit après avoir vaincu les ombres.

Vitrine sur colonne : livre d’artiste, estampes en linogravure, exprimant les nombreux visages de l’identité multiple que la vie nous laisse comme des empreintes indélébiles.

Merci de votre visite.