Ce silence insoutenable…


Ce silence insoutenable me scrute de sa densité
Parfois seul l’art parle assez fort car je n’ai plus de mots
Trop de maux alentour s’agitent et se confondent
Trop de luxe et confort fondent un moelleux oubli
La vieille Terre craque et tremble – s’ouvre la gueule ouverte
Béante et gigantesque, avalant des parcelles de nos essaims humains
Le petit peuple d’hommes souffre dans ces secousses et lève les mains au ciel, tout en désespérance
Un petit bout d’humanité se tord dans l’agonie, là-bas, quelque part dans un ailleurs en deuil
Je vais prendre ma douche et l’eau abondante et chaude et pure va couleur sur ma peau
Je vais faire couler le café que de multiples petites mains à la peau noire comme l’encre ont cueilli puis séché puis porté à dos d’âne et de montagnes
Je vais répandre l’odeur du quatre-quarts rôti dans la rougeur électrique du grille-pain
Je vais embrasser mon compagnon et rire en feuilletant le journal qui annonce son lot de désastres quotidiens
Mais il y a ce silence insoutenable qui me scrute de toute sa densité
Seul l’art reste encore mon langage quand je n’ai plus de mots