La grande métamorphose de l’art…


Pour être papillon, il faut être passé par le stade larvaire, par le stade de la mue pour s’extirper du cocon et celui de la métamorphose pour atteindre le statut d’imago : jeune adulte apte à s’envoler (apparition des ailes) et à se reproduire (maturité des organes sexuels).

Les Anciens et les Dieux

L’œuvre d’Ovide met en évidence l’universalité de la métamorphose : toute forme, toute matière vivante est susceptible non seulement d’évoluer mais encore de se transformer de façon radicale : tout est mouvement, donc tout est possible. Placé au centre d’une nature qui évolue et qui se transforme, l’être humain ne peut être que mouvement lui aussi et participer au mouvement perpétuel du monde. Les dieux jouaient constamment avec la métamorphose : de l’humain au végétal, Cyparissus est changé en cyprès, de l’humain au minéral, les Propoetides deviennent des pierres, de l’humain à l’animal ; Alcyoné et Céyx forment un couple d’ oiseaux pour rendre leur amour éternel. Jupiter prend les apparences d’un aigle pour enlever Ganymède ; Thétis, pour échapper aux ardeurs de Pélée, prend tour à tour forme d’oiseau, de tigresse, d’arbre…

La double métamorphose de Cénée où elle demande à changer de sexe puis que les Dieux transforment en oiseau.

Ceux du troisième sexe

Mais les humains opèrent également leurs métamorphoses depuis toujours. Grandir et apprendre à voler de ses propres ailes exige de vivre la métamorphose de la puberté. La maturité est intimement liée à l’identité sexuelle. Les chamanes quariwarmi (hommes-femmes) étaient des médiateurs entre deux sphères duales de la cosmologie des Andes. Les eunuques – dont les Hijras d’Inde et du Bengladesh sont les plus nombreux représentants dans notre monde contemporain – sont à l’origine du troisième sexe. En Thaïlande, ce sont les kathoeys (dames-garçons) et chez les Amérindiens : les Deux-Esprits – dont les ninauposkitzipxpe (femmes à cœurs d’hommes) chez les Pieds Noirs, les winkte (deux-âmes) chez les Lakota ou les muxhés (hommes-femmes) des Zapothèques…

L’artiste, ce grand Métamorphoseur

C’est Guy Belzane[1] qui parle le mieux du lien entre métamorphose et art : « Non seulement les métamorphoses nous environnent, mais nous sommes nous-mêmes, de l’œuf fécondé à la décomposition du cadavre, les objets d’incessantes métamorphoses. Si celles-ci sont parfois source de plaisir ou de bonheur, nous nous efforçons la plupart du temps de nous adapter à ces formes nouvelles. Dans cette quête permanente de nous-mêmes, ces métamorphoses obligées et qui nous dépassent, nous apparaissent comme le rappel lancinant de notre fragile humanité, de notre hésitante identité.

À l’inverse, les métamorphoses que l’artiste met en œuvre sont, elles, volontaires, maîtrisées. Elles constituent plus qu’un thème, plus qu’un mythe même. Non seulement il y a des métamorphoses dans l’art, mais l’art n’est fait que de métamorphoses, l’art est LA métamorphose, cette seconde création, ce rêve prométhéen, démiurgique, de tout homme : recréer le monde, se rendre maître du branle universel, se faire, à son tour, le grand Métamorphoseur

Allons-y… soyons nos propres dieux ! Créons !


(article publié dans Communiquart)