Il n’y a pas que les lagons et les plages dans le Sud…

J’ai eu la chance de fuir l’hiver comme beaucoup de mes compatriotes en m’offrant une pause dans le Sud. Direction Punta Cana, en République dominicaine. Je m’attendais bien à m’extasier sur le bleu turquoise de la mer et sur la blancheur nacrée des plages infinies de sable blond… mais pas à le faire sur les créations artistiques des peintres dominicains. L’art commence en République dominicaine par le sens de la décoration, avec cette petite touche de finesse dans les moindres détails : orchidées et bougainvilliers ornent les tables, couleurs primaires intenses avivent les maisons peintes, sculptures de bois ponctuent le moindre étal commerçant. La musique est présente au quotidien mais surtout les Dominicains chantent en travaillant – de la lingère au jardinier, du serveur au chauffeur.

L’artisanat date de l’époque des taïnos – artisans de la nature qui produisent des objets de la vie quotidienne « à la manière taïna » : plateaux, higueros, hamacs, sacs et paniers. Les poupées de Limé, faites de céramique, sont connues pour leurs visages sans trait. Les bijoux utilisent principalement deux pierres précieuses qui ne se trouveraient que sur l’île : l’ambre – jaune mais aussi bleue, et le larimar, une pierre elle aussi bleue dont l’apparence évoque nos turquoises amérindiennes. Les musées d’ambre à Saint-Domingue et Puerto Plata possèdent de belles collections de joaillerie minérale.

La peinture en République dominicaine est une tradition populaire identique à la tradition haïtienne : art naïf, onirisme et colorisme autour principalement de la figuration humaine. Dans les demeures bourgeoises comme dans les plus modestes maisons créoles, dans les petites auberges comme dans les plus grands complexes hôteliers, les œuvres ne se cantonnent pas dans les galeries d’art mais envahissent les murs, les marchés, les rues, les échoppes. Les couleurs primaires typiques des zones tropicales – et particulièrement des insulaires, reflètent la spontanéité primitive, l’exaltation des sens en même temps que la douceur de vivre et la sensualité de ceux qui vivent au soleil toute l’année.

Deux grands peintres Iogl Mo et JaUne Coleson sont reconnus comme les plus grands de la République dominicaine. A St-Domingue, le Mercado Modelo offre une concentration artistique de peintures caribéennes et de bijoux. Jean le Peintre est une figure de Bayahibe. Dans le dictionnaire de l’art caribéen, la peinture y est définie comme un néo-réalisme onirique exubérant : les guerriers, les héros, les opposants aux colonisateurs, les martyrs de la liberté sont déifiés et entrent dans la narration peinte, tandis que les femmes deviennent déesses porteuses de promesses d’avenir. Les croyances et légendes populaires sont racontées, appuyées sur la plastique émotionnelle des noirs et des mulâtres. La richesse végétale sert de fond dans une richesse et une poésie omniprésentes et soutient l’animisme basique dans une expressivité presque véhémente. Le rustique et le baroque n’empêchent pas une élaboration sophistiquée – voire géométrique, et un sens du mouvement qui n’est pas sans rappeler ce peuple qui sans arrêt chante et danse. Les femmes sont omniprésentes et portent des fleurs et des fruits à profusion, tandis que la faune se glisse partout dans les scènes peintes – plus particulièrement les oiseaux pour la République dominicaine.

Voilà un petit tour rapide rédigé en sautant de l’avion hier. Mais appréciez les photos…


Pour aller voir des œuvres de peintres dominicains, cliquer sur http://www.latinartmuseum.com/BELKIS_RAMIREZ.htm.



Nadia Nadège
Étudiante à la Maîtrise en formation à distance
Nadia.Nadege@gmail.com
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