En panne d’inspiration ?

Publié par Nadia N A D E G E

Le syndrome de la page blanche pour l’écrivain et celui de la toile vierge pour l’artiste peintre, c’est comme se jeter dans le vide et attendre. Or il ne sert à rien d’attendre… C’est l’action qui crée le mouvement, c’est le mouvement qui crée l’action. Après tout les idées ne jaillissent pas du néant !

Comment faire pour stimuler notre imagination, pour faire rejaillir notre inspiration, pour identifier nos meilleures sources d’inspiration ? Tout le monde n’a pas une muse ou un héros dans sa vie pour nourrir le désir et soutenir notre inspiration…

Alors il vous reste le processus de recherche. Mais loin d’être ingrat, il peut représenter un parcours peu ordinaire, une aventure exotique, un voyage délicieux.

Travaillez par thèmes, étudiez des peuples, faîtes des collages, développez votre documentation et découvrez les sujets qui titillent votre esprit et suscitent vos élans, vos sourires, vos vrais coups de coeur.

L’architecture alentour en base de compositionsRegardez d’abord autour de vous. Que vous viviez dans un building genre bunker allemand ou dans une maison peinte au bord de l’eau, il existe toujours des formes qui vous questionnent et vous parlent.

Qu’est-ce qui excite votre œil, intrigue votre mental, capte votre attention ou vous donne la chair de poule ? Quelles sont les couleurs qui vous amènent à une pause, à un arrêt sur images, à un zoom sur un détail, à un soupir de relâchement ?

Faîtes une promenade dans votre quartier avec l’intention de noter ce qui accroche votre attention, ce que vous remarquez immédiatement, ce qui vous plaît mais aussi ce qui vous déplaît…

La marche est un exercice extrêmement fructueux pour nourrir votre création future. Julia Cameron – qui offre de nombreuses recettes pour artistes bloqués – suggère des marches méditatives quotidiennes.

Votre environnement est votre première source d’inspiration.

La silhouette des immeubles, le jeu du verre et du soleil sur une tour du centre-ville, les spirales des escaliers montréalais, les vieilles pierres de la basse-ville de Québec ou les tours du château Laurier… même la géométrie de votre mur de briques peut vous amener à créer quelque chose de nouveau.

Il s’agit de prendre le temps de regarder et de sentir ce qui s’éveille en vous.Les éléments de la nature qui attirent votre regard – tel qu’un coquillage sur le sable, des corolles de fleurs entremêlées, les ballots de paille roulés dans les champs ou même la rangée de verres à pieds dans votre vieux bahut de chêne – peuvent être des modèles de lignes, de formes ou de taches de couleurs.

Si vous aimez les couleurs, fréquentez les marchés de fruits et légumes. Si vous aimez les textures, observez les chantiers de construction, visitez les carrières, magasinez chez les revendeurs de tissus.

Bien sûr, les événements qui vous appellent sont une source d’inspiration probable : le carnaval, les défilés, une régate à la voile ou une course automobile. Les événements sportifs vous offrent l’occasion du mouvement et vous permettent aussi d’observer la musculature du corps humain, les portraits des spectateurs et la bigarrure des foules. Tout comme les fêtes de familles et d’enfants qui sont des lieux de reportage personnel immensément riches.

Personnellement j’ai toujours aimé les lieux de transit : les gares, les aéroports, les ports… les voyageurs en attente, les rencontres fortuites, le climat éphémère des endroits de partance me touchent au cœur comme m’inspirent les avions, les trains et les bateaux. C’est probablement cette même atmosphère intemporelle que je retrouve dans les cafés où je dessine à l’aveugle ceux qui passent.

L’histoire et les musées pour les motifs

Regardez ce qui nourrit les cellules de votre cerveau, ce qui les fait vibrer. Regardez autrement mais toujours en prenant conscience de ce qui conserve votre attention assez longtemps pour vous en imprégner.

Je connais un artiste qui a créé à partir des photographies aériennes de paysages agricoles et j’ai moi-même peint une série d’abstraits à partir de mes photographies de débris sur une plage. Les musées bien sûr sont un lieu privilégié pour les artistes qui veulent se ressourcer. Mais osez donc aller ailleurs que dans votre zone de confort et vos domaines connus.

L’archéologie, les bijoux étrusques, les costumes d’antan, le design des meubles chinois, l’art du vitrail, les icônes russes ou la civilisation maya sont une mine de compositions et d’ornements différents de notre imagerie contemporaine nord-américaine.

Les livres d’art et les catalogues d’expositions peuvent revigorer votre imagination fatiguée… à condition d’aller voir ce que vous ne regardez jamais et de guetter ce moment extatique où vous vous perdrez dans la contemplation d’une œuvre ou d’un style. Il ne s’agit pas de viser la copie (encore que l’art du pastiche est une école précieuse en soi) mais plutôt de découvrir encore et toujours ce qui excite votre œil.

Un tapis oriental ou un graffiti sur un mur sont autant de signes et de langages qui peuvent vous amener à des créations artistiques nouvelles… si vous prenez le temps d’observer pour voir d’une autre façon.

Cherchez ce que vous qualifieriez d’insolite, de nouveau, d’étrange et copiez-le sur un carnet de croquis, filmez le ou enregistrez sur un magnétophone de poche tout ce que ce décor vous inspire.

Une artiste peintre passionnée par l’astronomie crée des toiles à partir des photos d’observations des ciels puis laisse ses toiles encore fraîches sous la pluie pour recréer un paysage lunaire du fait des gouttes de pluie trouant les amas d’acrylique.

De même qu’une autre s’est laissée inspirer par les toiles d’araignée dans sa cour, perlées de gouttes de pluie pour créer des œuvres géométriques traversées de bulles de colle.

Le folklore traditionnel et les cultures d’ailleurs

Étudiez une culture sous toutes ses facettes. Rassemblez une documentation composée des articles de journaux, des photos de voyages et des descriptions littéraires. Allez jusqu’à goûter la cuisine traditionnelle, essayer les vêtements, sélectionner des tissus, acheter fruits et légumes dans les marchés, écouter leurs musiques et lire leurs légendes.

Baignez dans cette culture et faîtes donc un scrap-book (c’est la mode de plus).Puis refaites le même processus avec une autre culture. Un peintre reconnu fait un tabac actuellement par ses créations sur le thème de la Route des couleurs en fabriquant des boîtes représentant le transport des pigments comme on transportait les épices.

Il a auparavant fait une longue recherche sur la route qu’empruntèrent les premiers pigments de couleurs livrés aux peintres vénitiens et a fini par en faire une conférence.Pensez à une source d’inspiration toute simple : les livres de classe, les encyclopédies et les dictionnaires qui vous offrent un répertoire de vocabulaires et de définitions que vous pourriez explorer au hasard ou autour d’une lettre. Les bestiaires et les abécédaires viennent de cette pratique.

Prenez la plume

Écrivez si vous aimez les mots et la sensation de la plume qui court sur le papier. Utilisez la discipline des Pages du matin suggérée par Julia Cameron en écrivant systématiquement 3 pages au minimum chaque jour sur n’importe quoi qui vous passe par la tête. Lisez l’ouvrage sur le Journal créatif où l’on nous rappelle que ce qui fait revenir l’inspiration est l’esprit du jeu, la spontanéité, la reconnaissance de sa valeur personnelle, la conscience de ce qui nous fait nous sentir bien vivant et… l’action en commençant un petit pas à la fois !

« Créer c’est penser à côté » dit Hubert Jaoui.

Notre « Créateur intérieur » – apparenté à notre Enfant intérieur – accepte difficilement de se laisser guider à heures fixes et sur commande. La pensée latérale – on cherche une chose et on en trouve une autre – s’entraîne comme on entraîne ses muscles. Enregistrez un texte pris au hasard (un poème, un article) en lisant lentement.

Puis concentrez-vous sur votre comptabilité ou le tri de votre tiroir de chaussettes tout en mettant en marche la cassette. Notez toutes les idées qui font irruption pendant votre activité (écrivez vite : la règle du jeu est de ne pas arrêter le magnéto) Faîtes des collages de mots, des collages d’images, des collages de couleurs en utilisant les échantillons des vendeurs de peinture, des mosaïques avec les carreaux inutilisés de votre salle de bains.

C’est l’action qui met en mouvement et le mouvement qui est le cœur de la vie…

Et comme nous l’affirme Julia Cameron : « La dépendance à notre Créateur intérieur, c’est vraiment la liberté vis-à-vis de toutes les autres dépendances ».

Bonne création !

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Ressources citées dans l’article :

Libérez votre créativité, Julia Cameron, Éditions Dangles

La veine d’or, Julia Cameron, Éditions du Roseau

Le Journal créatif, Ann-Marie Jobin, Éditions du Roseau

Créativité, Hubert Jaoui, Éditions EPI