La quête de la lumière chez l’artiste serait-elle la quête de sa propre lumière intérieure ?


Lumière.

C’est la lumière qui fait naître l’expérience des couleurs. Cela m’évoque les vitraux des églises dont l’intention devait être de faire apparaître aux croyants les icônes de la Foi transfigurées par la lumière extérieure mais aussi filtrées doucement pour une présence subtile… ne pas se laisser aveugler par la lumière apparente et chercher la lumière de l’Âme…

Je pense au Space Writing, cette discipline artistique qui utilise le flash et le stroboscope pour capter le mouvement fugace du mouvement lumineux. Picasso l’expérimenta dans son atelier de Vallauris lorsqu’il dessina un centaure avec sa lampe de poche dans l’obscurité. Les artistes actuels jouent avec les lettres en néon et les photographies en vitesse lente de mouvements dans la nuit.
Léonard de Vinci cherchait toutes les façons de traduire la lumière dans ses œuvres mais c’est aussi lui qui a compris l’origine de la lumière cendrée de la lune au XVIe siècle.

Je pense aux critiques déclarant que les fauves et les cubistes ont tenté de faire disparaître la notion de lumière en pratiquant les aplats de couleur qui éliminaient l’ombre. Car sans ombre, point de lumière… Mais la couleur n’est-celle pas synonyme de lumière ?

Les impressionnistes, dont le grand maître Monet, considéraient la lumière comme le personnage principal de toute création. Monet avait toujours pour but de saisir les effets constamment changeants de la lumière sur les couleurs et les formes. Pour transcrire les reflets et variations lumineuses, il avait l’habitude de peindre le même sujet à différentes heures de la journée. Par exemple, Monet va peindre la série des meules de foin sur deux années, pendant lesquelles il les peignit par grand soleil, par temps gris, dans le brouillard, sous la pluie ou encore couvertes de neige… différentes lumières pour l’artiste.

Ayant vécu mon enfance dans les pays tropicaux – les oranges du Laos, les bleus des Caraïbes ou les verts de la forêt amazonienne – avant de revenir dans les ambiances argentées de Paris, je pense à Gauguin qui a vécu son enfance au Pérou et est allé retrouver ces gammes coloristes en Polynésie.

Le témoignage de Matisse me touche profondément lorsqu’il explique pourquoi il choisit d’aller peindre à Tahiti :

 » En travaillant depuis 40 ans dans la lumière et l’espace européens, je rêvais toujours à d’autres proportions qui pouvaient se trouver dans l’autre hémisphère. J’ai toujours eu conscience d’un autre espace dans lequel évoluaient les objets de ma rêverie. Je cherchais autre chose que l’espace réel. Voilà pourquoi quand j’étais à Tahiti, je me recueillais pour rechercher les visions de la Provence, pour les opposer brutalement à celles du paysage océanien. La plupart des peintres ont besoin du contact direct des objets pour sentir qu’ils existent et ils ne peuvent les reproduire que sous leur condition strictement physique. Ils cherchent une lumière extérieure pour voir clair en eux-mêmes « .

Ainsi la quête de la lumière chez les artistes serait-elle la quête de leur lumière intérieure ?

Nadia Nadège
paru dans CommuniquArt