Un rien, pour VOIR

Kamloops se situe au croisement de différents réseaux… à commencer par la rencontre de rivières (c’est de là que vient son nom Kahm-o-loops) mais aussi d’autoroutes et de lignes de chemin de fer. Un croisement qui est devenu un enchevêtrement économique et qui a perdu son sens premier social – la rencontre suppose une communication entre deux pôles et la production d’un fruit. Mais si les deux éléments qui s’unissent ont perdu tout sens de leur existence, alors les fruits sont secs et sans futur. Ils ne sont que morceaux épars, pièces dispersées, dialogues de sourds, folies limites emmurées dans un silence réprobateur, créations visuelles enfermées (et enfermantes ?) où prédomine l’éclatement des corps dans une seule dimension. Le contenu a l’air tellement absent de cette exposition que je me poe la question de l’origine de l’artiste. Et je pourrais y voir une expression d’un vide anxieux, une absence de questionnement, un morcellement du Soi, un échec à se construire comme un tout, une vaine quête d’un centre où se poser, pas de CHI. Le rien qui ne laisse rien. Un croisement de races peut donner une meilleure race ou au contraire laisser apparaître une dégénérescence : la démarche cérébrale décortique en voulant expliquer quelque chose mais sans structure – à défaut d’exprimer, les oeuvres semblent des recueils de débris de vie sur des matières artificielles comme si l’artiste empilait ses expériences pêle-mêle sans prendre le temps d’en intégrer les leçons ni même d’en retirer quoi que ce soit. Bien étrange créations que celles-ci où l’artiste ne permet aucune rencontre mais provoque plutôt une distance, un éloignement – voire un refus ou un rejet de la part du spectateur. S’il n’y a rien à comprendre de l’artiste, il ne reste rien à retirer pour l’obervateur non plus. Cette exposition serait-elle une révolte d’adolescence pas encore vécue qui couve dangereusement sous une gestuelle automatique dans le but de plaire ?