Sommes-nous des rien vides de sens, pour VOIR

Oui, le travail de Szilasi s’approche des surréalistes autant que des collages de certains de nos contemporains. Comment le sens d’un morceau d’image dépend-il de son contexte ? mais surtout comment un morceau d’image dépend-il de la vision même de l’artiste et de son contexte intérieur – psychologique, émotionnel, familial et social ? Tout comme un peintre qui représente un corps n’échappe jamais à la représentation inconsciente de sa propre perception corporelle interne… le portrait projette l’image souvent cristallisée depuis l’enfance de sa propre face et de son propre regard sur la vie. Des artistes éprouvent un attrait puissant pour les portraits anonymes – figures décomposées, recomposées, déstructurées, méconnaissables… et il est troublant de constater ce phénomène chez les artistes issus de cultures telle que la tradition protestante où est prônée l’interdiction de l’Image ou ceux de la tradition musulmane faisant disparaître les regards.De quelle tradition provient l’artiste ? Chez la relève, les portraits se dépouillent de toute vie ou prennent un expressionnisme intensément dramatique la plupart du temps en noir et blanc. C’est pour cela aussi que la photographie est si bien accueillie par un public qui se délecte d’une morbidité existentielle dans un vide identitaire, vide immensément signifiant de la détresse sociale d’un peuple qui ne sait plus qui il est et à quoi il appartient… Cette impasse nous empêchant de dire nos origines familiales, nos appartenances sociales, nos quêtes identitaires nous conduit à l’adulation des idoles d’un jour en même temps que l’informe portrait d’une appartenance quasi inexistante. Le Québec détient le triste record du plus important taux de suicides au monde chez les jeunes… et il suffit de voir les dérives langagières vides de sens de nos politiques en période électorale pour se convaincre que nos portraits sont à l’image de qui nous pensons être…