Une artiste qui vous touche au cœur : Chantal Perreault

C’est une belle grande femme radieuse qui me reçoit au sourire et à la poignée de mains accueillante et chaleureuse. Avant même de me parler de son art ou d’elle-même, Chantal Perreault me présente les portraits de ses enfants et de son mari avec un mélange de délicatesse et de fougue où tout l’amour entre eux se fait présent. Femme pour qui la famille est primordiale, pour qui la relation de cœur à cœur est essentielle, pour qui l’art est une gourmandise d’amour, les œuvres de cette artiste peintre reflètent fidèlement cette quête incessante chez elle de la vérité des êtres.

« Pour moi, une œuvre doit être une compagne, une amie, une entité vivante qui se place parmi les amis de la maison ou les membres de la famille, un voyage aussi qui vous appelle à chaque fois que votre œil rencontre la toile. Peindre pour moi, c’est offrir une évasion, une expérience, un lien fort et stable… mais c’est avant tout raconter une histoire de cœur. On doit pouvoir voyager à travers un tableau – une traversée personnelle qui se révèle à la fois sereine et rassurante tout en nourrissant l’espace où il est accroché. Au fonds, on doit déjà se sentir chez soi quand on regarde une de mes toiles.»

Voyageuse infatigable avec une prédilection pour l’Europe et le rêve de pouvoir sillonner longuement l’Italie des maîtres, Chantal Perreault ramène de ses escapades à l’étranger de nombreuses photographies qui lui servent de repérage pour préparer ses thèmes et choisir des cadres de vie. Elle peint des personnages dans leurs instants vrais, des paysages à l’ambiance mordorée, des portraits profonds… Bâtissant sur le contraste entre ombre et lumière, elle se base sur la zone dorée, cherchant à faire naître une harmonique selon une ligne de composition mûrement réfléchie, une structure discrète mais solidement choisie, guidée par la façon dont elle veut amener le regard du spectateur à circuler d’un élément à l’autre.

Chantal Perreault a découvert très tôt la peinture en observant sa mère artiste peintre Raymonde Perreault et s’est formée continuellement par de nombreux ateliers avec Eddy Dion, Humberto Pinochet, Sylvia Araya, Max Stiebel, Pamela Carter, Denis Jacques et Juan Cristobal ainsi que Irena Korosec de la Galerie Bohemiarte. Bien que Lanaudoise d’origine, elle offre un regard méditerranéen sur ses modèles – que ce soit des paysages extérieurs ou des scènes urbaines, des portraits ou des natures mortes. Elle aime particulièrement les bleus intenses et les couleurs chaudes – évoquant des fins de journée ou des fins de saisons, des ambiances chaudes dont les matières s’exaltent sous le travail de l’huile..

De tempérament passionné à la nature entière, Chantal Perreault nous confie :. « Mon apprentissage des contraintes sociales fut précoce parce que j’étais la fille du maire du village puis plus tard la fille d’un député. J’ai du composer souvent avec la contrainte sociale. C’est l’heure pour moi d’affirmer qui je suis dans une expression plus affirmée et plus originale, de me permettre aussi plus de spontanéité. » Sa dernière œuvre – inspirée par un voyage en Corse – représente un père et sa petite fille regardant ensemble l’horizon. Cette œuvre démontre combien l’artiste évolue vers un épurement des détails, le choix de sujet plus intimiste, la mise en valeur du toucher à travers le valorisation de la matière – la pierre, le sable, l’eau… en faveur d’une ambiance encore plus prenante.

Fini le temps de développer son expression artistique comme on garde jalousement un jardin secret : elle veut maintenant se dévoiler de plus en plus par un art traditionnel certes, toujours paisible et harmonieux, mais à la personnalité plus créative et plus carrée. Amoureuse impénitente de tout ce qui vit, Chantal Perreault aime rire à gorge déployée, dire sa joie à belles dents et toucher à pleines paumes son expérience de création. Dans ses portraits de groupe autant que dans les scènes urbaines, on retrouve constamment cette complicité des regards, l’intimité des confidences ou de la relation – toujours tendre, toujours profonde, toujours intense.

Son style pourtant peut sembler classique de prime abord du fait que ses choix de sujets restent traditionnels. Cependant en prenant le temps d’observer ses toiles, on est rapidement saisi de cette atmosphère toute particulière, puis absorbé par les multiples détails rendus dans des rencontres subtiles entre couleurs et structures. Son évolution l’amène à travailler de plus en plus avec la gestuelle, songeant à explorer le mélange des médiums, la générosité de sa palette et un impact volontairement plus déclaré. Instinct et intuition ne la quittent jamais néanmoins dans un processus de création où elle dit s’être promis « de ne jamais peindre quelque chose avec laquelle elle n’est pas tombée en amour »

« L’importance de l’imaginaire offre l’opportunité à nos contemporains de sortir de la grisaille ambiante, du pessimisme à la mode et du défaitisme social perpétué dans des obligations routinières et cette course effrénée à la performance. » nous dit-elle. Chantal Perreault peut parler du monde des affaires puisqu’elle le connaît bien en tant que professionnelle de haut niveau dans le domaine du droit : elle souhaite s’accorder de plus en plus ces pauses spirituelles quotidiennes où peindre permet de se reconnecter au Soi, d’apprécier la beauté de la contemplation de la nature et offre le temps de se laisser pénétrer par la lumière.

Chantal Perreault table sur l’évolution des mœurs en matière d’achat d’art amenant les amateurs à plus s’approprier l’art comme les Québécois ont appris à déguster les vins à tel point qu’ils sont devenus des amateurs très éclairés. Goûter à la richesse d’une œuvre originale sur ses murs est une expérience unique bien qu’il ne semble guère facile de résister aux modes qui vous amènent à acheter de l’art par notoriété ou standing social au lieu de suivre avec confiance ses coups de cœur. Car c’est encore de cœur et d’amour dont parle Chantal Perreault. Une quarantaine d’œuvres à découvrir prochainement au Musée Marc-Aurèle Fortin. À ne manquer sous aucun prétexte.

par Nadia Nadège
première publication dans Magazinart en 2006