Qu’est-ce qu’une démarche artistique ?

Quelle est votre démarche artistique ? Quels sont : son rôle, son importance, sa place dans votre identité artistique ? Quel impact votre description doit-elle avoir sur celui qui regarde vos œuvres ? Votre texte intitulé reflète-t-il vraiment qui vous êtes ?  

Découvrir ci-dessous un bon exercice pratique pour élaborer sa démarche artistique

Une exploration qui peut se révéler captivante… et si vous ne savez plus par où commencer, contactez-moi et je vous guiderai. Nadia.Nadege@gmail.com et http://www.Nadia-Nadege.com

DÉFINITION

Démarche : désigne la manière de conduire un raisonnement, une méthode, l’itinéraire, le parcours effectué par l’artiste en fonction de ses choix (thème, engagement, support, format, etc.) ; c’est elle qui singularise l’oeuvre.
Synonyme(s) : méthode, optique, point de vue, manière de voir


Pourquoi une démarche artistique ? 

Lorsque l’observateur regarde une œuvre et demande « Qu’est ce qu’il a voulu dire par là ? », l’artiste se doit de poursuivre cet engagement qu’il a pris en initiant la communication par l’exposition publique d’une œuvre d’art.

Définir sa démarche artistique consiste donc à déployer une communication avec son auditoire, une déclaration de foi, une réponse aux interrogations que suscitera l’œuvre et un début d’interprétation identitaire et culturelle.

Est-il suffisant de décrire le parcours ?

C’est une première étape indispensable : la route qui l’a conduit à peindre, la façon dont il a travaillé sa technique – amenant naturellement à présenter ses formations (académiques, professionnelles, autodidactes…) ainsi que l’objectif qu’il poursuit en créant. Un texte qui se résumera donc à la somme des ses choix et de ses pratiques, dont le fil conducteur est toujours l’intention derrière la production.

La démarche permettrait alors la mise en place d’une relation triangulaire l’intention, l’action et le résultat. L’analyse de la démarche d’un artiste permet de découvrir en quoi il est original, comment il se singularise, ses valeurs et messages essentiels – voire ce qui fait qu’on reconnaîtra son œuvre sans avoir à consulter la signature au bas du tableau.

DES EXEMPLES

  • Nadia Nadège Démarche artistique : saisir l’âme par le travail à partir du modèle vivant (pas de croquis sur la toile, gestuelle spontanée et instinctive, primauté de la couleur), exprimer la solitude inhérente à la condition humaine et l’essence de l’être.
  • Chantal Perreault Démarche artistique : scènes de vie – paysages, animaux, personnes, parce que la vie est son sujet de prédilection pour raconter des histoires, faire vibrer et ressentir des ambiances.




Évaluer sa vision et ses valeurs

Parmi les intellectuels, critiques d’art et professionnels de l’achat d’art, on rencontre souvent un besoin de classifier dans un mouvement artistique, une école artistique, un style applicable au plus grand nombre. Ce qui rend difficile l’étiquetage de l’art contemporain dans la mesure où on ne reconnaît pas encore un courant, l’histoire étant chargée d’identifier un courant qui se serait dégagé d’une production artistique, identification qui n’est possible que quelques décades plus tard.

Une recherche nous dit : « La production artistique est réévaluée en général au bout d’une vingtaine d’années, les oeuvres repassent en salle des ventes, soit parce que les collectionneurs s’en sont lassés, soit parce qu’ils espèrent réaliser des plus values importantes. On peut alors détecter les oeuvres qui étaient véritablement importantes dans le cadre de la recherche artistique. Si elles ont modifié la perception, la conception de l’art, alors elles sont importantes, donc elles doivent avoir pris de la valeur, même si on conteste cette manière d’aborder l’art.»

Pour revenir à la définition d’une démarche artistique, l’être humain étant une fabrique continue de significations, aucune œuvre d’art n’échappe à un jugement et à un sens. L’observateur regarde et cherche à traduire ce qu’il peut lire, comprendre, décoder au travers du prisme de sa propre expérience, de ses racines culturelles, de son environnement.


DES EXEMPLES

  • Francine Goyette. Démarche artistique : par le biais de techniques mixtes, l’artiste effectue une recherche de lumière, de mouvements et de couleurs. Optimisme, vitalité, spontanéité et lumière sont des messages essentiels
  • Catherine Cellier. Démarche artistique : explorer la thématique de l’intimité sur le plan onirique, sentimental, méditatif – atteindre le spectateur dans ce qu’il a de plus sensible, faire émerger l’émotion latente

On pourrait se demander si décrire une démarche artistique n’est pas une façon d’enfermer le spectateur dans des limites, limites qu’il aurait pu franchir s’il avait été laissé libre d’interpréter et d’expérimenter, de se situer intérieurement à partir de rien et de traduire authentiquement dans ses propres mots. Mais le manque d’éducation artistique ne facilite pas la rétrospection – l’école ne développe pas souvent l’esprit critique et n’enseigne pas à lire une œuvre comme on lit une partition. Tandis que les lettrés et savants sont souvent prisonniers de leurs habitudes de pensée « catégorisante » et de discours principalement cérébral échappant ainsi au ressenti instinctif et à l’émotion personnelle…

Postulat de base : connaître une démarche artistique permet d’accéder à une meilleure compréhension des œuvres d’un artiste.

Autrefois, les artistes réfléchissaient sur leur place d’artiste au sein de la société et sur la raison d’être de l’art et la philosophie ainsi que la recherche étaient considérées comme partie intégrante de la démarche artistique.

La figure humaine constitue le motif central de Léonard De Vinci qui développa deux techniques picturales, qui ont radicalement changé l’art de peindre dès le 16ème siècle. La première était le souci constant de la composition géométrique – avec la structure pyramidale, et la deuxième technique fut celle du « clair-obscur » ou « sfumato » qui permet, par le jeu subtil des ombres et des lumières, de baigner le sujet dans une atmosphère mystérieuse. Une extraordinaire maîtrise de l’outil graphique a permis à Léonard de Vinci de s’aventurer dans l’exploration de bien d’autres domaines ou techniques que la peinture, l’analyse scientifique du réel et la réflexion avant l’expérimentation étant les principes de base de sa démarche artistique.

Pour l’école du paysage méditerranéen pratiquée chez de nombreux artistes de la seconde moitié du 19ème siècle : Turner, Monet, Cézanne, mais aussi de nombreux peintres du début du 20ème, tels Braque, Matisse ou Nicolas de Staël -, le paysage n’est plus anecdotique ni une occasion de décor intérieur, mais devient le sujet principal de l’œuvre pour confronter les différentes interprétations d’un même lieu ou d’un même thème : impressionnistes, fauves, cubistes et abstraits ont largement mis à l’épreuve cette démarche artistique.

Les Automatistes, mouvement appuyé sur le surréalisme et fondé par Paul-Émile Borduas, publièrent le Refus global, l’un des documents les plus influents et importants de l’histoire québécoise, jusqu’à être considéré comme l’élément déclencheur de la Révolution tranquille des années 1960.

Le Refus Global terminait sa déclaration sur sa démarche par ces mots :
« Au terme imaginable, nous entrevoyons l’homme libéré de ses chaînes inutiles, réaliser dans l’ordre imprévu, nécessaire de la spontanéité, dans l’anarchie resplendissante, la plénitude de ses dons individuels. D’ici là, sans repos ni halte, en communauté de sentiment avec les assoiffés d’un mieux être, sans crainte des longues échéances, dans l’encouragement ou la persécution, nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de libération. »

Aujourd’hui certaines formes d’art sembleraient vouloir échapper à la description de la démarche artistique parce que l’art parlerait de lui-même. Le Land Art qui utilise les terres agricoles par exemple ou le Body Art sont des formes d’art considérées comme de l’art conceptuel. Le côté éphémère en même temps que la particularité du medium seraient en soi un discours, un langage, une affirmation suffisamment claire et chargée de sens.

Mais toute pratique plastique serait-elle à déchiffrer absolument ? Certains déclarent qu’un peintre fait le même tableau toute sa vie.

DES EXEMPLES
Démarche artistique autour du thème de l’identité par Hocine Chabira –
En regardant mon parcours artistique, je m’aperçois que je me suis souvent intéressé aux personnages qui étaient perdus, perdus en eux-mêmes ou perdus dans la société. Ces personnages ne sont pas résignés mais tous essayent de trouver leur voie, tous sont en quête d’identité.
J’ai rapproché ces existences de la mienne. Issu d’une double culture, j’ai cru pendant longtemps que je devais me définir par rapport à elle. Ce n’est que récemment que j’ai pris conscience qu’il ne fallait surtout pas parler d’identité au singulier. Penser que l’on peut appartenir à une seule et même identité est un leurre qui mène aux extrémismes de tout genre.
Je revendique le droit d’être multiple, je revendique le droit d’être en quête d’identités. Selon le Robert, l’identité est « le caractère de ce qui demeure identique à soi-même». Cette définition est dangereuse, elle s’inscrit dans une logique qui voudrait qu’en chacun de nous existent des caractères permanents. Mais le monde change, la société et les hommes qui la composent évoluent en permanence, c’est pourquoi il est important d’être également en mouvement.
Travailler sur les identités c’est aussi s’intéresser au passé comme élément de construction de l’avenir. Dans cette société post-moderne où rien ne se crée ex nihilo, la référence au passé, non pas dans un esprit conservateur mais bien dans une lecture intéressée et subjective des événements, permet sans aucun doute de pouvoir créer, de pouvoir avancer. –
Source : Compagnie La Chose Publique http://lachosepublique.free.fr/lacie.html#demarche

Parmi les diversités de forme et de style, de la première à la dernière œuvre d’un peintre ressort toujours un point commun, une sorte de signature picturale, résultante des emprunts à son histoire, son environnement, ses congénères, ses communautés. Il est toujours possible – et souvent tentant – de rechercher l’identité du peintre, sa constante, son « reconnaissable ».

Les œuvres cheminent selon une logique qui leur est propre mais lorsqu’elles sont aisément reconnaissables parce que toujours dans le même registre, elles pourraient être vues comme des gestes répétitifs, obsessionnels, compulsifs même, mais toujours parties d’un vaste ensemble qui se déroule telle une conversation avec le monde.

C’est lorsque le peintre explore une palette élargie, des mediums divers, des sujets variés tandis qu’il se promène dans diverses techniques et représentations qu’il est plus difficile de cerner cette fameuse signature picturale. Chaque technique, chaque procédé, chaque détail y a donc un sens précis et l’ensemble, pour autant qu’il puisse être démêlé, se révèle fréquemment d’une extraordinaire complexité. Alors on va rechercher la description de la démarche artistique du peintre pour l’utiliser comme un point de repère.

Construire et expliciter sa démarche artistique peut sembler rebutant pour les artistes qui privilégient le geste pictural à la linguistique, pour ceux qui disent ne pas aimer écrire – voire parler sur eux-mêmes. Un coach d’artiste sera alors une aide précieuse pour préparer son porte-folio, rédiger son CV d’artiste et rendre fidèlement cette fameuse explication sur la démarche artistique.

Mais – que ce soit par vous-même ou avec un coach, se donner pour tâche d’exprimer sa démarche artistique exige de se questionner sur ses valeurs, sur sa façon de les vivre, sur sa manière de les exprimer sur une toile puis d’avoir le courage d’affirmer sa position en tant qu’artiste face à ceux qui regardent, qui commentent, qui apprécient et qui achètent.

Une véritable démarche artistique véritablement expliquée dans un texte est un acte de courage et de foi : c’est être conscient du rôle que l’artiste joue dans son tissu social et économique en tant que gardien de l’imaginaire et garant d’une expression libre. Car l’art fait partie intégrante de l’acte démocratique, de la prise de parole et de la prise de pouvoir.

Quelques étapes suggérées pour élaborer sa démarche artistique
  1. ébaucher un processus d’introspection pour dévoiler ce qui nous a amené à un travail de création artistique ;
  2. mettre noir sur blanc les motivations et les intentions plutôt que les informations descriptives ;
  3. explorer ce qu’on répondrait pour chacune de nos oeuvres à celui qui questionnerait : « qu’est-ce que vous avez voulu dire ? » et en tirer les points communs ;
  4. décrire son parcours en lui donnant un sens (cela ressemble aux outils « Récit de vie » ou « Vous êtes le héros de votre propre histoire » avec lesquels on se raconte pour découvrir les points de convergence et de stabilité – sources de sécurité – ainsi que les paradoxes et déséquilibres – sources de créativité -) ;
  5. livrer ce que l’on veut provoquer chez l’observateur ou le spectateur de nos œuvres ;
  6. déclarer le rôle social que l’on pense jouer en tant qu’artistes ou que l’on voudrait jouer et la place qu’on aimerait voir occupée par les artistes dans nos communautés, villes et villages ;
  7. questionner notre entourage familier sur ce qu’ils perçoivent de nous à travers notre production artistique.

par Nadia Nadège
première publication dans InfoArt de 2006
dernière révision dans Inspirigo en décembre 2014
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5 commentaires

  1. J'avais du mal à comprendre ce qu'on attendait de moi en me demandant de décrire ma « démarche » … Je suis enfin éclairée. Merci pour cette aide ( sur le sens mais aussi sur les « outils »)
    Marie claire

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  2. Merci pour ta définition d'une démarche. J'étais en pleine réflexion de la mienne et tu m'as aidée à recentraliser mes pensées.

    Bianca Trépanier

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  3. J'avais besoin de savoir que j'étais dans la bonne voie en me dévoilant..
    J'avais peur d'avoir l'air dans ma brume en parlant de ce qui me préoccupe quotidiennement…

    Merci !

    Hermine

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