Quelles perspectives pour notre art ? éditorial

Quelles perspectives pour notre art ?

« Les artistes s’attendent à être soutenus dans leur expression artistique, la protection de leurs droits d’auteurs, l’accès aux avantages sociaux et aux facilités fiscales et financières – voire à des infrastructures stimulant la création et la transmission de l’identité interculturelle. » Tables rondes et ateliers se sont déroulés en mars 2006 lors de la Conférence nationale pour mieux débattre d’une politique culturelle canadienne. Que va-t-il ressortir de ces échanges ? qui sont les communautés d’artistes qui vont pouvoir les transformer en opportunités concrètes ? cela va-t-il avoir un impact significatif sur l’expansion du marché de l’art canadien ?

Le premier ministre de l’Ontario vient de nommer l’ancien rédacteur en chef du Toronto Star à titre de conseiller spécial pour la culture et les villes créatives, région du Grand Toronto métropolitain, en déclarant « Cette nomination nous aidera à tirer profit du potentiel créatif de nos villes et à bâtir une province où l’innovation est encouragée, soutenue, et exploitée. »
La Colombie Britannique augmente son budget culturel : trois millions de dollars seront octroyés à des initiatives spéciales, telles des planifications stratégiques, un appui aux communautés qui accueillent des événements majeurs ou encore la mise en oeuvre de projets visant à souligner le 150e anniversaire de la province.

La Ministre de la culture et des communications du Québec présentait son budget 2006-2007 en annonçant des investissements majeurs pour le développement culturel dans toutes les régions… Favoriser l’accès et la participation des citoyens à la vie culturelle, diversifier les sources de financement de la culture et améliorer les conditions socioéconomiques des artistes accompagnent l’annonce d’une levée de fonds pour le patrimoine et la levée du moratoire sur les écoles artistiques.

Mais quand on y regarde d’un peu plus près, il semble plus difficile d’identifier les initiatives qui soutiennent directement les artistes, les galéristes, le marché de l’art face aux accords marchands des multinationales ou la fuite des talents à l’étranger. Aujourd’hui le marché de l’art – univers hautement symbolique dont la réalité reste en fait éparpillée sur des strates très différentes les unes des autres, le marché de l’art donc bouge essentiellement entre New-York, Londres et Berlin – Toronto restant le chef de file pour l’art canadien.

Artprice, qui publie un rapport du marché de l’art à partir des résultats d’enchères de 2900 maisons de ventes, déclarait pour 2005 que New-York affichait une hausse de prix de 35%, Londres avait connu une saison d’exception, Hong-Kong atteignait la 4ème place sur le marché. En 1990, 28 artistes de moins de 45 ans vendaient des pièces à plus de 100 000$ en ventes publiques alors que la nouvelle vague 2005 en compte 49 à atteindre ce seuil. La part des artistes vivants dans les produits des ventes a quasiment doublé durant les 5 dernières années.

Voilà quelques informations qui nous laissent espérer de beaux lendemains… L’art traditionnel continue de se déployer par une production généreuse des artistes au travers de son réseau d’acheteurs et d’amateurs d’art dans les demeures et les bureaux de la classe dominante socio-économique. Mais le manque de connaissance du public canadien vis-à-vis de la valeur et de l’importance des arts visuels constitue probablement actuellement le défi le plus important et le plus souvent cité par les experts, défi que nous avons à relever pour le marché des arts visuels au pays. On parle régulièrement du départ des artistes vers les plateformes américaines ou européennes pour réussir à percer…

Une artiste que j’interviewais récemment me donnait cette image parlante : « Nous sommes devenus de fins connaisseurs en matière de vins et des gourmets œnologues de plus en plus exigeants… nous devons initier le même type d’évolution – donc d’éducation, en ce qui concerne les arts visuels si nous voulons vraiment bénéficier de la formidable création vivante d’ici »

par Nadia Nadège
éditorial du magazine Magazinart en 2007