Peintre de l’instant présent, Robert Dupont nous invite à l’intériorité

Délicieusement paisible et simple, Robert Dupont est un artiste peintre traditionnel né en 1930 à Montréal et ses 50 années de création picturale ne l’ont ni lassé ni changé. D’une constance infinie et par un travail minutieux, il exprime depuis toujours la quiétude et la confiance sereine en la vie par ses natures mortes, paysages et portraits.

Formé à l’École des Beaux-Arts de Montréal après avoir appris l’illustration avec la Commercial Art School de Montréal (les graphistes de l’époque se devaient d’être des dessinateurs émérites), il obtient un Baccalauréat en Enseignement des arts à l’Université du Québec à Montréal.
Élève de Hermann Hichkawitch aux Etats-Unis (Providence, Rhode Island), il poursuit une formation spécialisée en natures mortes et en portrait, et produit surtout des natures mortes et des portraits qu’il considère comme très apparentés par cette proximité qui se crée entre l’œuvre et son spectateur.

Si l’on observe l’œuvre (titre à ajouter), nous voilà planté de plein pied dans l’intimité d’un salon, à côté de ce bureau de bois précieux, invité ayant posé le verre de vin qui vient de nous être offert, curieux de ce livre qui dépasse du tiroir ouvert pendant que l’arôme subtil du bouquet nous accompagne…La nature morte nous fait entrer tout droit dans le désordre familier d’un coin de table après le repas, d’une chaise sur laquelle la maîtresse de maison a laissé son torchon ou du moment de réflexion après une joute de violon.

Robert Dupont peint comme il médite – pour ne pas dire comme il prie. Entré à l’âge de 25 ans chez les Frères Dominicains, il y restera 15 années pendant lesquelles il voyage en France, aux Etats-Unis et dans de nombreuses régions du Québec. Parmi les Frères prêcheurs qu’il surnomme « frères manuels semi-contemplatifs », Robert Dupont saisira toutes les occasions pour peindre : l’heure de la sieste, le temps de repos, les jours de congés, les voyages… réussissant à insérer sa passion dans la discipline monastique.

Sa première exposition solo aura lieu en 1965 (il avait 35 ans) après une première participation à une exposition collective en 1964. Il gagne le Premier Prix en peinture à l’huile – catégorie Portrait et l’année suivante le Premier Prix de l’exposition annuelle – catégorie Natures mortes.
L’acte de peindre pour Robert Dupont est avant tout une méditation (on pense aux rêveries du promeneur solitaire) et « ce qui fait une peinture spirituelle n’est pas tant la présence de symboles religieux ou de scènes mystiques que l’atmosphère qui s’en dégage vous portant vers la Lumière » comme il nous le confie.

Alors que les peintres flamands du XVIIème siècle peignaient des natures mortes pour contrer l’interdiction de représenter directement des personnages religieux en se référant aux symboles cachés des fleurs ou des couleurs, Robert Dupont peint pour intégrer le sacré du quotidien, l’humanité et la conscience de chaque petit geste comme une célébration de gratitude.

Dès son plus jeune âge, Robert dessine sans cesse et c’est ainsi que son processus de création prend corps. Installant minutieusement sa composition pour permettre la rencontre entre formes diverses, contrastes de couleurs et textures opposées, il dessine ensuite à la craie sèche ou au fusain sur du papier journal. Puis il dépose son dessin sur la toile préparée et montée, pour construire sa structure graphique à l’huile terre de sienne diluée.
Une fois cette première empreinte sèche, Robert applique les couleurs à la manière des grands maîtres en choisissant des couleurs sombres, appliquant des aplats qui seront ensuite travaillés de plus en plus dans le détail. Robert cite Manet : « Je cherche la plus grande ombre et la plus grande clarté. »

Travaillant avec la lumière du nord-ouest pour conserver une luminosité la plus constante et stable possible, Robert entre en contemplation active et peint de la main gauche dans le but d’attraper sur la toile cet instant de vie. « C’est de la simplicité anodine des objets que vient la suprême beauté de l’œuvre finale » confie Robert qui produit une dizaine d’œuvres par an.
Inspiré par Jean-Baptiste Chardin dénommé le père de la nature morte, Robert Dupont est comme lui d’une modestie tranquille, d’un sérieux inné et d’une fidélité exemplaire au quotidien – comme lui fasciné par les maîtres hollandais au point d’en être presque prisonnier. On trouve ce même silence qui enveloppe et cette lumière douce qui diffuse et Robert dit : « Chardin est comme un grand frère qui m’accompagne et me guide. »

Amoureux de la nature, Robert a fréquenté les parcours de golf pendant 33 ans, heureux de faire l’expérience de la nature maîtrisée – voire embellie. L’homme s’anime quand il évoque les beautés des verts et l’on peut capter sa nostalgie de l’époque où il peignait des paysages quand il cite Corot : « La nature est notre véritable maître » Une santé précaire le maintient à l’intérieur depuis 2003 et c’est par la transparence et la lumière qu’il continue à dire son amour patient du quotidien vivant.

Sous son pinceau délicat, le violon sur le livre ou la soupière pleine prennent une abondance chaleureuse, la tasse de thé ou la carafe prennent une importance inattendue sous l’effet des couleurs particulières et de la luminescence qui se dégagent. Aimant la solitude, Robert Dupont peint comme on se recueille et ses œuvres solides et douces à la fois nous invitent à contacter notre intériorité.

par Nadia Nadège
publié pour la première fois dans Magazinart en août 2005