L’art des icônes

L’art des icônes

Connue également sous les noms de Yuletide, Alban Arthuan et Noël, le solstice d’hiver, fêté autour du 22 décembre marque la nuit la plus longue de l’année. Dans la tradition païenne, c’est le temps où l’on honore la Déesse pour avoir donné naissance au soleil une fois de plus… et pour la tradition chrétienne, c’est le temps où l’on honore la nativité de Jésus. Quelle meilleure saison pour s’intéresser à l’art des icônes et à la magnification de la Vierge Marie !

Les premières images apparentées aux icônes que nous ayons découvertes sont des représentations de la Vierge Marie dans les catacombes du IIIE siècle. À partir du IVE siècle, l’iconographie va prendre un important essor du fait de la conversion spectaculaire de l’empereur Constantin. Le christianisme devenant religion d’État, l’Église entre dans une ère de paix et permet une création esthétique majeure vers les lieux de culte. Marie est proclamée Mère de Dieu en 431, ce qui lance une production abondante des icônes.
Mais durant les VIIIE et IXE siècles, une guerre doctrinale entre partisans et ennemis d’icônes, entre défenseurs de l’orthodoxie et hérétiques va provoquer des périodes d’interdiction du culte des icônes avec leur destruction presque totale et des périodes de rétablissement où les maîtres tentent de restaurer la présence de leur art le plus intensément possible. Ce n’est que lorsque l’orthodoxie triomphe que l’exaltation des icônes dans les églises est à nouveau bienvenue.

Une icône est bien plus qu’une œuvre d’art

Pièce de collection pour les acheteurs d’art sacré, l’icône se veut d’abord un lien entre l’humain et le divin, fournissant un espace mystique qui ouvre le dialogue avec Dieu et devient un témoignage de ses croyances et de sa Foi. Les artistes contemporains parlent tous de méditation guidée lorsqu’ils créent des icônes.

Faits saillants :
Ø L’icône est une création en art sacré, porteuse de sens et de valeurs spirituelles,
Ø Le langage de l’icône est très codifié et sa réalisation suppose d’obéir à des normes strictes,
Ø L’icône représente la présence de l’Invisible manifestée vers l’être humain et est censée jouer un rôle actif dans son environnement.
Ø L’icône aujourd’hui est aussi une manière d’affirmer son appartenance mais aussi sa classe sociale voire son niveau de richesse dans les pays slaves et chez les héritiers de la culture orientale à travers le monde,
Ø La plupart des pays de l’Est interdisent désormais que soient exportées les icônes, ce qui favorise la production d’icônes (traditionnelles ou non) par les maîtres oeuvrant en Amérique du Nord

Le langage symbolique de l’icône

Tout est codifié dans l’icône : les personnages bien sûr mais aussi la position de la tête, la présence d’un sourire, la direction du regard, les gestes des mains, les vêtements et les ornements, les frises entourant l’icône qui peuvent être courbes, géométriques ou végétales, etc. etc.

La tradition originale demande qu’on ne voie pas les cheveux, que le regard soit presque absent, qu’on fasse disparaître l’aspect charnel en évitant les couleurs et les reliefs de la peau. Les yeux sont plus grands que nature tout en restant peu expressifs et dirigés avec humilité vers le bas ou dans le vague pour saisir l’invisible et l’indicible. Les doigts des mains doivent être démesurément longs pour exprimer la grâce et la réceptivité.
Main bénissant

Mains en adoration

Pour saisir les diverses nuances, prenez le temps d’observer des icônes pour constater les différences et les évolutions entre le style russe, l’art roumain sur bois, l’influence méditerranéenne ou l’école contemporaine par exemple :
Ø le voile et l’auréole sont de moins en moins présents,
Ø les cheveux commencent à apparaître avec des mèches rebelles jusqu’à faire voir la totalité de la coiffure,
Ø le visage s’arrondit et les joues prennent des couleurs,
Ø les yeux se remplissent de tendresse et deviennent plus expressifs,
Ø la peau se dévoile de plus en plus permettant aux poignets, au cou voire à la naissance de la poitrine d’être visibles.

Au fur et à mesure que l’icône se rapproche de notre époque, l’émotion et la condition humaine apparaissent de plus en plus. Certaines Vierges portent même des bijoux – discrets certes mais bien présents -, un voile décoré de pierreries, un diadème en couronne ou des vêtements ornés de dentelles. Le cou, les poignets et les mains s’allongent pour démontrer le lien plus étroit entre la Mère universelle et ses enfants de la Terre. L’incarnation devient plus acceptable et l’Homme se rapproche de Dieu par l’entremise d’une Vierge Mère de plus en plus matérialisée.

Les couleurs participent étroitement au symbolisme prépondérant dans l’art des icônes.
Ø Le bleu, représentant l’unité avec Dieu, est la couleur céleste par excellence qui nous guide sur le chemin de la Foi, signifiant le détachement du monde matériel et l’envol vers le divin.
Ø La couleur rouge manifeste la passion de la douleur et la rédemption par le sang du Christ
Ø Le vert symbolise le renouveau, l’équilibre, voire l’absence de mouvement.
Ø La présence du blanc représente l’intemporel et est la couleur de la révélation
Ø L’or surtout, l’or toujours très présent dans l’art de l’icône qui est le symbole par excellence de la vie éternelle et inaltérable offerte par le mystère de la résurrection.

En lien avec le solstice d’hiver, la mystique du soleil peut être reconnue dans l’art des icônes par cette présence permanente de l’or solaire, ce soleil qui est la source de toutes les lumières… et la source de toutes les couleurs.

Eugène Troubetskoï explique: « En iconographie, la gamme des couleurs chargées de sens est illimitée, de même que les nuances naturelles du ciel. Avant tout, semble-t-il, l’iconographe utilise un grand nombre de tonalités de bleu: bleu sombre de la nuit étoilée, bleu éclatant du ciel dans la plénitude de midi, et la multitude des bleus pâles du ciel au déclin du jour allant du bleu turquoise aux bleus verts… Les Russes, qui habitent des contrées nordiques, ont très souvent l’occasion d’observer ces tons bleus verdâtres après le coucher du soleil. Par ailleurs, le bleu ciel constitue le fond habituel sur lequel se détache une infinie variété de nuances célestes: le scintillement de la nuit étoilée, le reflet de l’aurore, le cerne nocturne de l’orage, le rayonnement du couchant incendié, l’arc-en-ciel, enfin l’or soutenu de midi, quand le soleil arrive au zénith. »

Les icônes d’Anca Patru

Si vous souhaitez admirer des icônes produites par une artiste contemporaine, allez découvrir les icônes d’Anca Patru. D’origine roumaine, c’est dans l’atelier de son père que la petite fille allait aider en déposant les feuilles d’or et s’est ainsi initiée patiemment et pendant des années à tous les secrets de la technique mais aussi de l’histoire et du langage des icônes. Et c’est une artiste qui représente des icônes selon les différentes écoles, expérimentant l’expression des émotions que chaque être humain ressent lorsqu’il part à la découverte du sens du sacré dans sa vie.

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Voir des icônes contemporaines

Pour voir les magnifiques icônes d’Anca Patru, prendre des cours particuliers avec elle ou visiter son atelier : contactez Anca Elena Patru au (514) 727-3944 ou allez visiter ses œuvres exposées à la Galerie Le Balcon d’art 650 Notre-Dame à St Lambert (514) 466-8920

Quelques liens intéressants pour approfondir le sujet

Icônes et bibliographie
http://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icones-biblio.htm
http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/Horizons/Fr/res.html

http://www.peintre-icones.fr/ETAPESICONES/index.html

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Histoire du culte des icônes
http://perso.wanadoo.fr/famille.renard/histoire/une/icones.htm
http://cmpc.free.fr/l’histoire_de_l’icone.htm
http://perso.wanadoo.fr/alain.dufourcq/icon.index.html

Le Musée virtuel des icônes : le but du site est de le rendre possible aux visiteurs de (re)découvrir la beauté et la signification profonde des icônes byzantines traditionnelles, partie intégrale de la foi chrétienne orthodoxe, et trésors visuels et spirituels de l’Église Orthodoxe : http://www.iconsexplained.com/bienvenue.htm

Un guide des icônes byzantines, fresques et mosaïques byzantines sur l’Internet. De Constantinople en Macédoine en Russie, dans 35 pays à travers le monde. http://www.iconsexplained.com/bienvenue.htm

L’or Céleste, Eugène Troubetskoï, extrait de la brochure Deux mondes dans l’iconographie russe. Edition de l’auteur. Μοscοu, l9l6. http://www.myriobiblos.gr/texts/french/contacts_troubetskoi_assiste.html

Quand l’icône devient prière : http://www.interbible.org/sebq/petites_expos/icone_priere/ L’exposition est une série de 17 oeuvres accompagnant le texte du livre « Quand l’icône devient prière » , publié en 2004 aux éditions Médiaspaul.

Livres d’art

Du Dieu-homme à l’homme-Dieu. De l’icône du Christ à l’icône des saints, par Michel Quenot – L’ouvrage s’ouvre par des considérations générales sur la sainteté et son fondement dans le Christ, dont l’Incarnation fonde aussi la possibilité de la représentation iconographique. Après un chapitre consacré à l’iconographie du Christ, et un autre à celle de la Mère de Dieu, l’auteur traite des anges et des archanges, que de nombreuses icônes et fresques représentent.

L’Art des icônes par Nigel Cawthorne – Les icônes traditionnelles d’Europe Orientale ne sont pas seulement des symboles de foi et des objets de dévotion : elles constituent aussi de remarquables oeuvres d’art. Ces images extrêmement stylisées sont issues d’une culture millénaire, transmise de génération en génération, qui remonte aux premiers temps du christianisme. Superbement illustré, cet ouvrage décrit à la fois les techniques de peinture des icônes et l’évolution de cet art à travers les siècles, depuis la grande tradition byzantine jusqu’aux icônes russes des XVIIIe et XIXe siècles.

Les églises orthodoxes où observer des icônes anciennes

Il y a environ 85,000 orthodoxes au Québec, principalement à Montréal, qui compte une vingtaine de paroisses orthodoxes, dont onze paroisses grecques, trois paroisses ukrainiennes, trois paroisses arabes, une du Patriarcat de Roumanie et une du Patriarcat de Serbie. Il a été répertorié 23 églises orthodoxes à Montréal et 2751 sur toute la province de Québec. Pour trouver une église orthodoxe près de chez vous, consultez l’inventaire des lieux de culte au Québec sur http://www.patrimoine-religieux.qc.ca/fondation/bienvenue.htm

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par Nadia Nadège
première publication dans Info Art en 2005

Un commentaire

  1. Je suis Alain Dufourcq, iconographe et vous salut pour votre présentation de l’art de l’icône.Vous aviez signalé mon site et je voulais vous en remercier. Aujourdh’ui je ne le vois plus, mais, bon ! ce n’est pas ça le plus important.Si vous le souhaitez vous pouvez retourner sur mon site de « l’atelier des deux saints Jean ».Nous pouvons en reparler. Bravo pour votre travail extrêmement intéressant. J’ai de très bons souvenirs du Québec où j’ai travaillé la gravure à la Guilde Graphique (Montréal) dirigée par Richard Lacroix.Au prochain messageAlain

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