HOMER WATSON (1855-1936) – traduction

HOMER WATSON (1855-1936) : le premier artiste canadien reconnu au niveau international

Il est difficile de croire que Homer Ransford Watson, un nom presque oublié aujourd’hui, fut un des peintres les plus célèbres au Canada, le premier à être reconnu au niveau international : Oscar Wilde encensait son oeuvre et la Reine Victoria en faisait collection.

Watson était l’artiste canadien vedette avant l’arrivée du Groupe de Sept, groupe qui l’a relégué dans l’ombre par leur insistance à développer une pratique artistique typiquement canadienne.

Watson – comme les artistes du Groupe des Sept d’ailleurs – étant avant tout peintre de paysages, travaillait dans la tradition pastorale européenne et considérait son travail comme canadien parce que son sujet était canadien. Le Groupe des Sept pensait devoir rompre avec la façon de travailler de Watson pour véritablement refléter la nature de l’art canadien du paysage.

Watson est né en 1885 dans le petit village rural de Upper Doon devenu aujourd’hui une banlieue de Kitchener. La famille Watson possédait un Moulin et leur petite maison est toujours debout au coin de Tilt Drive et Doon Village Road. L’artiste en devenir qu’était Homer Watson eut une enfance joyeuse et ordinaire pleine de tranquillité jusqu’à l’âge de six ans où son père mourut.

Homer Watson rêvait d’être artiste et avait 19 ans lorsqu’il visita Toronto. Le vieux proverbe, « chacun à sa place en son temps » s’est transformé en réalité un après-midi de visite au Musée de l’École normale, la seule galerie publique d’art en Ontario à l’époque, où il aperçut un groupe d’étudiants assis devant des peintures à l’huile et dessinant vigoureusement sur leurs carnets de croquis. Il entra dans les lieux et les rejoignit, et à l’heure du départ, Homer était encore en train d’achever son travail lorsque le principal de l’école, le Docteur May, l’approcha pour lui demander de montrer ses dessins. Ce qu’il vit l’impressionna.

En 1872, Watson déménagea à Toronto après avoir reçu un petit héritage de son grand-père. Il fut présenté à la Galerie Notman-Fraser par le Docteur May et c’est là que Watson fréquenta des artistes comme Henry Sandam, Lucius O’Brien et bien sûr, John Fraser. Durant ce temps, le jeune artiste continua à dessiner à l’École Normale du Musée et prit des leçons avec John Fraser.

En un an, Watson adoptait un style de vie urbain impliqué dans les arts, à l’opposé de Upper Doon où il courait dans les prés, lisait la bibliothèque de son père et se faisait dire par son employeur qu’il n’était qu’un idéaliste.

En 1876, Watson fit ses bagages pour Philadelphie pour aller voir l’exposition internationale de l’Exposition Centenaire. En passant, Homer visita New York où il rencontra George Inness, peintre connu pour ses paysages, bien plus instrumental que Watson dans sa technique. Les deux artistes dessinèrent le long des rivières Susquehanna et Hudson dans les Adirondacks.

Le sujet des toutes premières toiles de Homer Watson venait de ses promenades aux Adirondacks. Comme par exemple, le Paysage avec la Rivière (1878) et l’Arrivée de l’ouragan aux Adirondacks (1879). Son style imite celui de l’École de Hudson River Valley vu à New York, une école fondée par un groupe d’artistes naturalistes qui représentèrent le côté romantique des montagnes White Mountains, Catskills et Berkshires.

Watson fut toujours un homme de coeur paisible jamais intimidé par le côté glamour de la haute société. Mais il commença à s’ennuyer de sa terre natale et quitta les États-unis pour s’installer un studio dans Doon et un autre à Toronto, où il partagea l’espace avec Henri Perre, qui sera plus tard Directeur du Collège des Art et du design de l’Ontario.

Sa première exposition se passa à la Société des artistes de l’Ontario en 1878. Un an après, Watson était élu membre de la société. L’étoile de Watson commença à briller en 1880. Il participa à une exposition de groupe de l’Académie canadienne Royale et son œuvre : La tableau Pionner Mill attira l’attention du Marquis de Lorne qui en fit l’acquisition pour la Reine Victoria. La peinture a une place importante dans la collection royale et est accrochée dans la salle de réception au château de Windsor. Le paiement qu’il reçut permit à Watson d’épouser son amour d’enfance : Roxanna Bechtel le 1 janvier 1881 dans Upper Doon.

La résidence que les jeunes mariés achetèrent est maintenant un musée connu sous le nom de la Maison Galerie Homer Watson sur Old Mill Road. La structure originale fut construite en 1830 dans le modèle gothique écossais et fait partie d’un complexe industriel établi par Adam Ferrie Jr.

Watson ajouta deux annexes au bâtiment En 1893, il installa un grand studio où il peignit une fresque murale. La fresque contenait les noms de 13 artistes européens qu’il admirait et un petit travail dans le style de chacun. La seconde annexe en 1906 était une grande galerie en avant de la maison près du petit salon de réception.

L’artiste était un perfectionniste. De nombreuses fois, Roxanna traversait le studio pour trouver une toile déchirée sur le plancher ou une peinture à demi finie à côté d’une autre en cours. Sa femme cachait ces toiles avant que son mari ne les jette, puis l’encourageait à finir ses travaux incomplets. Le couple y résida 7 ans et Watson peignit la campagne, confiant ses affaires à son agent à Toronto.

1882 marqua l’année durant laquelle l’artiste prospéra le plus et vit monter en flèche sa renommée. Oscar Wilde lui rendit visite lors d’une tournée Nord-américaine et apprécia l’art de Watson. Quelques mois plus tard, les Watsons reçurent une lettre de Wilde commandant une œuvre de Homer et lui offrant de le soutenir s’il décidait de voyager en Angleterre. À ce moment-là, les revendeurs étaient fous du travail de Watson.

En 1886, l’artiste et sa femme se rendirent en Angleterre. Homer fit entrer quelques peintures à l’exposition Coloniale et indienne. Les critiques d’art rendirent gloire à l’œuvre Avant la Tempête affirmant que Watson était proche de devenir le prochain John Constable.

Homer et Roxanna passèrent trois ans en Angleterre. Watson livra la peinture promise à Oscar Wilde qui le présenta à James MacNeill Whistler. Watson se prit de passion pour la gravure et décida de créer une impression de Pioneer Mill pour la vendre au Canada. Le Marquis de Lorne référa Homer Watson à la Galerie Goupil où il a pris des dispositions pour des ventes et des expositions.

Propulsé par sa soudaine popularité en Angleterre et la demande subséquente pour son travail, les Watsons firent des allers retours de Doon à l’Angleterre. Log-cutting in the Woods (1893) gagna d’abord le premier prix au Salon du Printemps de Montréal et fut acheté par Lord Strathcona. The flood gate, exposée à l’Institut de Glasgow, eut un succès retentissant. En 1899, Watson donna de nombreuses expositions solos à Londres et à New-York.

Quand Roxanna mourut en 1918, la vie de Watson fut brisée. Bien qu’il fut élu Président de l’Académie canadienne Royale, il était des plus malheureux. La mort de sa femme avait beaucoup atteint l’artiste. En 1922, souffrant de surdité, Homer se tourna vers la spiritualité. Le Premier Ministre William Lyon Mackenzie acheta des peintures de Watson et devint son ami le plus proche.

Watson commença à expérimenter diverses façons de traiter la lumière et continua à jouir de sa réputation et à peindre. Il protesta avec véhémence contre la nouvelle philosophie du Groupe de Sept, croyant que leur insistance vers une école d’art nationaliste aboutirait simplement à quelque chose de forcé. Comme leur étoile brilla plus vivement, la sienne s’obscurcit et il tomba dans l’ombre.

Il mourut à Doon en 1936 à l’âge de quatre-vingt-un ans. Le 3 juin 1936, l’Université de l’Ontario Occidental lui attribua un Doctorat posthume. Ses peintures se trouvent dans la collection permanente de la Galerie d’Art de l’Université MacMaster, la Galerie D’art de l’Ontario, la Galerie D’art de Hamilton, la Collection canadienne McMichael et Montréal le Musée des Beaux Arts de Montréal

traduction par Nadia Nadege