Ginette Berthiaume, peintre naturaliste engagée

Comme John James Audubon – cet artiste ornithologue pionnier de la conservation de la nature du 19ème siècle, Ginette Berthiaume n’est pas seulement une artiste peintre mais aussi une écologiste engagée et une naturaliste à la démarche scientifique. Que ce soit chevaux, chiens, morses ou orignaux, cette artiste née à Saint-Hyacinthe en 1955 explore les milieux naturels sauvages, étudie les comportements animaliers et croque les mouvements de la marche, de la parade ou de l’envol des oiseaux.

Autodidacte fille d’un peintre portraitiste, elle commence à peindre dès l’âge de 12 ans et exerce sa profession d’artiste à plein temps depuis 1989. Représentée par les galeries québécoises de la famille Beauchamp, elle est aussi membre de la galerie Art et Miss en France, dans le quartier historique du Marais à deux pas du Musée Picasso. Récipiendaire de plusieurs prix du public entre 1968 et 2003, membre de jurys pour des concours dans la Belle Province, Ginette Berthiaume a été l’artiste invitée d’honneur dans des expositions à Paris, Turin, Barcelone et Londres entre 2002 et 2005.

Elle choisit comme sujets des animaux grégaires dont se dégage une présence puissante parmi les mal-aimés ou les inconnus. Depuis 6 ans, son sujet de prédilection est un volatile aquatique et un seul : l’oie – toujours cendrée, grise ou noire car l’oie toute blanche n’a pas beaucoup d’intérêt pictural. Ginette Berthiaume étudie les palmipèdes d’après nature, remplit des carnets d’esquisses de palmes, rémiges et caroncules, visite les élevages avicoles et parle avec enthousiasme des espèces multiples nées de croisements entre oie cendrée et oie cygnoïde.

Saviez-vous que les oies ont été parmi les premiers animaux domestiqués en Égypte ou qu’elles font partie des oiseaux les plus intelligents ? L’expression « bête comme une oie » vient de prendre un coup dans l’aile ! Et Bécassine avec son jars n’a qu’à bien se tenir…

« Pour moi, les oies ressemblent aux humains, raconte Ginette. Sa mimique très spéciale, son comportement de groupe, sa fidélité en couple, sa silhouette féminine ovoïde mais solide en même temps me permettent de parler de toutes sortes de sujets de façon humoristique et originale. Souvent mes titres illustrent bien le message principal de l’œuvre et les oies sont mes porte-parole. De plus, les oiseaux offrent un sujet d’étude exigeant rigueur, analyse, sens du détail.., ce qui m’amène à toujours mieux maîtriser mes techniques de travail. »

Monsieur Joan Palmarola, Président de la « Federación Internacional Artistas Plásticos » et critique d’art européen, l’a reconnu à Barcelone comme artiste internationale pour une exposition itinérante en Espagne, Italie, Angleterre. « Ginette Berthiaume n’est pas pour moi une peintre animalière du fait qu’elle ne travaille pas à représenter l’animal dans son milieu. Bien que ses œuvres soient extrêmement fidèles à l’anatomie aviaire – donc réaliste, ses fonds sont de véritables créations abstraites texturées tandis que ses oiseaux prennent des postures uniques et adoptent une expression émotionnelle quasi humaine. »

Lors de ses expositions, Ginette Berthiaume propose toujours aux visiteurs un parcours commenté tableau par tableau pour conter l’histoire et présenter la signification complète de chaque œuvre. Chacune de ses toiles se veut éducative, pédagogique, voire mobilisatrice, pour engager la responsabilité citoyenne de chacun vers la conservation de notre patrimoine environnemental. Ses paysages, ses animaux ou ses fleurs sont des œuvres imaginaires, mais toujours appuyés sur les nombreux croquis et photographies pris sur le terrain.

Utilisant l’huile, l’acrylique et le fusain, Ginette Berthiaume travaille ses fonds au pinceau avec l’aide d’un gel texturant qu’elle colore et travaille avec spatule et guenille. Puis elle s’applique en une dizaine de couches à rendre le soyeux des plumages, le brillant des becs-filtres, les nuances des couvertures alaires… Avec 5 à 10 toiles commencées en même temps, elle voyage ainsi de l’une à l’autre pour s’imprégner totalement du sujet en cours.

Après avoir créé pendant ces dernières années autour de la force animale, Ginette Berthiaume se tourne vers une nouvelle source d’inspiration qu’est l’art floral pour exprimer l’éphémère pourpre du coquelicot ou l’élégance du lys bleu. « Après avoir exprimé la volonté, je me rends compte que le sensible, l’émotif, le vulnérable émergent en moi en même temps que le besoin de régénérer mon processus créatif. » Mais elle garde toujours cette démarche très scientifique par des études des feuilles, pédoncules, sépales et pétales. Pour exemple : une de ses œuvres représentant un jardin a retenu l’admiration d’horticulteurs disant voir pour la première fois une œuvre d’art où l’on peut citer précisément chaque espèce végétale représentée !

« Que ce soit le paysage, la fleur ou l’animal, je veux transmettre la lumière qui en surgit, le mouvement inhérent à l’évolution du vivant, l’amour de la nature. J’espère que quiconque rencontre mes toiles puisse grandir son amour pour la nature et se sente ainsi un peu plus responsable d’en prendre soin. » Un message profond d’une peintre naturaliste dans des œuvres dont l’originalité est à la mesure de l’humour.

Site de l’artiste : www.ginetteberthiaume.com

par Nadia Nadège
première publication dans Magazinart en 2006